Tribulations d’un chariot #4

Foutu matos

Je déteste les rasoirs. Ils brûlent la peau et j’ai depuis longtemps abandonné cette torture quotidienne. De temps en temps, un bon coup de tondeuse fait illusion. Ce matin donc, je saisis ma tondeuse pour débroussailler et, comble de malchance, le moteur décline en quelques secondes. L’outil ne tient plus la charge. Pour couronner le tout, cette rutilante tondeuse ne fonctionne pas lorsqu’elle est branchée sur le secteur : c’est fromage ou dessert, charge ou coupe de barbe.

Je prends le parti d’ouvrir la coque de la tondeuse et de voir quel type de batterie s’y niche. L’idée semble bonne. C’est sans compter sur l’ingéniosité du fabriquant qui n’a pas utilisé de vis. Même pas ces vis improbables faites pour enquiquiner le quidam : rien du tout, nichts, nada, niente, nothing. Emboîtée, sertie la bête. Mon tournevis s’enfonce pour tenter d’ouvrir le ventre et… crac ! Enfin ouverte en des morceaux pas très nets, mais je peux accéder dans l’antre mécanique. Et paf, une chose compliquée s’accompagnant d’une autre qui l’est tout autant, la batterie est soudée. Avant de traverser la ville pour emprunter du matériel, j’essaie de remonter la carcasse. Re-paf, la mécanique n’est plus correctement maintenue, si bien que la faible charge produit désormais un grincement arthritique plus inquiétant qu’esthétique. Ces foutus ingénieurs ont tout prévu. Mon démontage sauvage aura eu raison de la maudite tondeuse. Direction, le recyclage.

Je suis chagriné. Non que mon budget ne me permette pas d’en acheter une nouvelle, mais de ne pouvoir remplacer un élément, c’est rageant. Imaginez devoir changer votre voiture chaque fois que la batterie est morte. Ça ferait désordre non ? Alors, sous prétexte que la chose est bon marché, elle devient jetable. Pire, tout est fait pour la rendre irréparable. Sûr qu’on préfère vendre encore plutôt que de fournir des pièces détachées. Tout est jetable. L’homme est le seul animal au monde à se servir de son intelligence à ses dépens.