Affaire Benalla. "Bénallité" du mal ou fait du prince ?

, par Pala

Selon la méthode Macron, renommée depuis "Manu militari", "dites-le avec le sourire", quelques réflexions succinctes sur l’affaire Benalla, qui commence.

Où un second couteau trop proche du "patron" révèle le délire bonapartiste du chef de l’Etat et la privatisation de la Ve République, au sommet comme partout ailleurs.
L’affaire Benalla devient une affaire médiatique même si elle n’est pas encore une affaire d’Etat. Nous voici donc aussi à en parler, bien que ce ne soit pas notre sujet privilégié, dirait-on. Mais cette histoire met en lumière la déliquescence des institutions de notre Ve République libérale et présidentielle, plus quelques compléments conséquents sur la dérive désinformative de nombre des médias dominants.
Ce que l’affaire Benalla montre aujourd’hui, c’est un méli-mélo confus et opaque de dinguerie d’un proche collaborateur du chef de l’Etat, par son hyper-violence haineuse, de fait du prince, avec cet homme au statut spécial, comme intouchable, la corruption des esprits et des actes avec le laisser-faire des forces dites de l’ordre, devant ce qui sort du cadre dit du « maintien de l’ordre », la corruption de certains cadres de la Préfecture de police de Paris, qui ont donné des images de son déchainement de violence (prises par les caméras de surveillance de la place de la Contrescarpe) à M. Benalla, à sa demande, semble-t-il, l’assurance de l’impunité des autorités, au plus haut niveau, qui ont simplement suspendu le fautif durant 15 jours, sans signaler à la Justice le délit représenté par son débordement de violence, comme l’article 40 du code de procédure pénale le préconise.
On trouvera surLle Monde, qui a fait la première révélation, le détail des images, qui circulent abondamment sur internet.
Ici https://www.lemonde.fr/police-justice/video/2018/07/19/affaire-benalla-une-video-montre-un-collaborateur-de-macron-frappant-un-manifestant_5333572_1653578.html

Affaire d’Etat ou pas, comme certains souhaiteraient que cela le soit ? Nous verrons ce que les suites diront. M. Benalla est en garde à vue dans le cadre d’une enquête préliminaire du Parquet de Paris pour "violences par personne chargée d’une mission de service public", "usurpation de fonctions" et "usurpation de signes réservés à l’autorité publique", jeudi.
Une procédure de licenciement a été engagée contre lui par le cabinet de l’Elysée. Une enquête de l’IGPN est diligentée également, quant aux respnsabilités de la police dans cette affaire.
Une commission d’enquête a finalement été créée cette fin de semaine à l’Assemblée Nationale sur la base de la Commission des lois, et devrait commencé à travailler, à partir d’auditions, mardi 24 juillet. Une sorte de grève parlementaire se met en place à l’Assemblée où les députés de l’opposition refusent de reprendre leurs travaux sur la réforme constitutionnelle tant que le gouvernement ne sera pas venu répondre aux questions des députés sur cette affaire.
Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb doit par ailleurs être entendu par la commission des lois du Sénat "dans les premiers jours de la semaine prochaine". Celle-ci souhaite "entendre ses explications sur les conditions de la participation" d’Alexandre Benalla "aux opérations de maintien de l’ordre lors des manifestations du 1er mai à Paris, ainsi que sur la nature et le cadre institutionnel de la mission qu’il y assumait au nom de l’État, en collaboration avec les forces de sécurité."

De son côté, le président de la République en est resté, lors de son déplacement jeudi en Dordogne, en réponse à plusieurs questions, à une déclaration pour le moins expéditive et peut-être imprudente « Non, non, la République est inaltérable ». En dehors de ça, depuis le retour du président à l’Elysée, silence radio, le plus fameux communicant de ces dernières décennies en France reste muet. Comme une carpe.
Adieu « Révolution » (son livre d’avant campagne électorale), adieu « révolution démocratique », nouveau et ancien monde. Les temps sont aujourd’hui, comme jadis, à la corruption des esprits, à la manipulation. Mais cette fois, sans effet.

Les médias s’interrogent sur les dérives jupitériennes de la présidence, oubliant, comme par hasard, la banalité des violences policières habituelles "officielles".
Comme il se doit, devant la cacophonie et le silence du pouvoir suprême sur une affaire qui touche au plus près de la personne du président de la République, les médias dominants eux-mêmes en viennent à interroger certaines pratiques « monarchiques » ou « jupitériennes » du chef de l’Etat. Cette police privée, ainsi mise en place autour de M. Benalla, qui a recruté lui-même quatre collaborateurs, suscite les critiques les plus vives de toutes parts, y compris et surtout de la part de la police elle-même, à travers ses syndicats. Et ceux-ci voient dans cette affaire toute la dangerosité d’une privatisation de la sécurité présidentielle. Mais tous se retrouvent sur l’air du professionnalisme de la sécurité ou du « maintien de l’ordre ». Ils oublient et justifient, par défaut, les violences policières habituelles des forces dites "de l’ordre", tant dans les manifestations que dans les quartiers populaires, signalées parfois par la presse, souvent par des ONG et des syndicats.

Reprenons avec Infocom-CGT, en 2016, cette affiche, qui a tant fait de bruit, dans les syndicats de police, comme ailleurs et dans les médias.
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2016/04/19/la-cgt-sommee-de-sexpliquer-apres-une-affiche-contre-les-violences-policieres/

"19 avril 2016. La CGT sommée de s’expliquer après une affiche contre les violences policières
Alors que son 51e congrès s’est ouvert le 18 avril, la CGT est sommée de se justifier après la diffusion d’une affiche par sa section de salariés de l’information et la communication, Info’com CGT. Mise en ligne samedi, elle montre une matraque de CRS dans une mare de sang avec un slogan en trois typos différentes.
Le texte qui l’accompagne est dans le même ton :
« On ne compte plus les excès de la police qui veut mater les jeunes qu’ils soient lycéens, étudiants. Ne laissons pas faire et ripostons si besoin à ces méthodes et le bruit des bottes ».
L’affiche, qu’Info’com-CGT incite à « partager et télécharger », est passée inaperçue jusqu’à ce que le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, écrive, le 18 avril au soir, une lettre au secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, pour se plaindre d’une image « choquante » qui met « gravement en cause la police nationale ». Sans aller jusqu’à dire qu’il porterait plainte, le ministre a critiqué cette tentative de « détruire le lien de confiance entre la population » et la police.
De nombreux incidents entre manifestants et policiers ont eu lieu depuis le début de la mobilisation contre le projet de réforme du code du travail, notamment à Paris et à Rennes. Le 15 avril, à la veille de la diffusion de l’affiche d’Info’com-CGT, un photojournaliste avait immortalisé le coup de pied d’un CRS contre une jeune femme, après des débordements lors d’une manifestation de lycéens, où quatre manifestants et sept policiers avaient été blessés. Selon M. Cazeneuve, plus de 18 000 policiers et gendarmes ont été blessés dans l’exercice de leurs fonctions en 2015.
L’incident le plus grave a eu lieu le 24 mars : un policier avait été filmé en train de frapper un lycéen lors d’incidents en marge d’une manifestation lycéenne à Paris. Il sera jugé pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné une ITT (incapacité temporaire de travail) inférieure à huit jours. L’Inspection générale de la police nationale annonçait, quelques jours plus tard, la création « d’un outil recensant, par convention, les blessures sérieuses, les blessures graves et les décès de particuliers survenus à l’occasion ou à la suite de l’exercice des missions de la police nationale », afin « de combattre l’idée trop généralement reçue que les blessures sérieuses ou graves, voire les décès, sont synonymes d’illégitimité de l’usage de la force ou des armes ».
La CGT accusée de « gauchisation »
La lettre du ministre a provoqué des réactions en chaîne dans la classe politique, qui découvrait l’existence de l’affiche, tout comme les réseaux sociaux. Les principaux syndicats de policiers, à l’instar de la SCSI-CFDT (majoritaire chez les officiers), parlent d’« affiche de la honte ». Synergie, classé à droite, appelle le gouvernement à « déposer plainte contre cette campagne calomnieuse », appuyé en ce sens par Eric Ciotti (LR).
Le secrétaire général du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a mis cette affiche sur le compte de « la gauchisation » de la CGT. Il a dit sur France 2 :
« Cette affiche fait partie de ce cours gauchiste où on veut une CGT pure, une CGT sans opposition, une CGT tellement radicale qu’à la fin, elle se regroupe autour de quelques personnalités qui sont en confrontation frontale [sic] avec l’ensemble de la société. »
Philippe Martinez défend depuis son élection comme secrétaire général du syndicat, en février 2015, une ligne radicale qu’il compte confirmer à l’issue du 51e congrès de la CGT. Le document d’orientation – la feuille de route pour les trois années à venir – affiche une stratégie de « contestation des choix patronaux et de la politique gouvernementale ».
Info’Com-CGT a qualifié la réaction de Bernard Cazeneuve de « disproportionnée par rapport à la répression du mouvement social qui s’exerce à l’heure actuelle » par des « CRS à bout de nerfs avec l’état d’urgence ». Philippe Martinez n’a pas encore officiellement réagi."

Hommage rendu au professionnalisme de la profession de "tabasseur et matraqueur". "Merci à la maréchaussée de nous "plier", tabasser, matraquer, assassiner dans les règles, le plus légalement du monde !"
Commençons par rappeler ce qu’était cette rencontre place de la Contrescarpe, en fin d’après-midi le 1er mai. Nous avions nous-mêmes reçu l’invitation pour cet apéro commémoratif des 50 ans de 68, dans un des lieux de la contestation et de la confrontation. En fait, arrivés sur place au bout d’une manif avortée par la violence policière, une fois de plus un 1er mai, nous nous retrouvâmes sur cette petite place ronde-carrée, entourée de bistrots et restaurants puisque nous sommes au coeur du quartier Mouffetard, dans le 5e arrondissement, un des centres touristiques de la capitale. Des jeunes gens assis par terre, d’autres aux terrasses, sirotent boissons alcoolisées ou non en devisant, sans doute de la manif qui vient de ne pas se terminer. Puis, peu à peu, les rues avoisinantes sont fermées par des cordons de CRS. Nous observons le ballet du maintien de l’ordre en exercice. Puis, nous voyons commencer une fouille systématique de ces jeunes gens occupant la place comme des potes en pleine conversation privée. Lorsqu’ils nous semble que la violence ne va pas au delà, nous nous installons nous-mêmes à une terrasse pour boire un verre. Nous n’avons pas vu la scène où intervient M. Benalla. Nous avons juste vu un peu plus tard une sorte d’échauffement sérieux de la part des CRS, qui se mettent à lancer des grenades lacrymogènes en pagaille. Nous n’avons plus accès, alors, à la place, mais, de toute façon, la puissance et l’acrimonie de ces grenades, qui nous semblent d’un jour nouveau, nous repousse à distance de la place, dans une des rues adjacentes. Le gaz en question était très acide et asphyxiant, comme il ne nous semblait pas en avoir respiré jusque là. Moyennant quoi, nous sommes partis et avons rejoint le prochain lieu d’invitation "touristique" commémoratif, la Sorbonne. Et là, après s’être approchés à peine de l’entrée de la Sorbonne, de toute façon fermée, nous voyons une escouade de CRS se mettre en branle pour dégager et poursuivre un petit groupe de jeunes gens, derrière lesquels ils se mettent à courir. Plus âgés et sûrs qu’il vaut mieux ne pas courir devant un CRS, nous restons à marcher tranquillement pour rejoindre l’avenue principale. C’est alors que nous entendons le cri d’un brigadier, sans doute "Sus les mecs ! Allez, les gars, ceux-là, on leur fait leur affaire !". Nous avons fini, ce soir-là, devant l’EHESS, où les étudiants avaient pris possession des lieux, tandis que les pandores avaient déguerpi (mais oui !), faute d’avoir été appelés par le Président de cette haute institution élitaire.

Reprenons maintenant la litanie des morts et blessés de la police et des CRS, tant du côté des manifestants (leur désaccord, nécessairement) que du côté des opposants dans les quartiers populaires, à la police et à ses lois iniques, à l’administration injuste et à la vie quotidienne empêchée, contrainte, malmenée, interdite.
Commençons par Adama Traoré. Samedi, avait lieu, justement, une marche blanche (c’est-à-dire pacifique) en mémoire du second anniversaire de sa mort. Deux ans déjà, sans enquête sérieuse, sans mise en examen, sans condamnation, bien-sûr.
https://www.nouvelobs.com/justice/20180713.OBS9678/assa-traore-a-emmanuel-macron-la-mort-de-mon-frere-merite-des-reponses.html.
Et Ali Ziri, et Lamine Dieng... et Amine Bentounsi... et... Les cas de morts non suspectes mais plus ou moins claires dans des commissariats ou dans la rue, ne manquent pas. Les morts dans des manifs, de Vital Michalon, en 1977, à Creys-Maleville, à Rémi Fraisse, en 2014, à Sivens, en passant par Malik Oussekine, en 1986, à Paris...
Les éborgnés par flash-ball ou LGBD, Pierre Douillard, Joachim Gatti... ne manquent pas non plus.
Plus d’info ici, avec le collectif des familles des personnes mortes sous les coups de la police : http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/362437640. On y trouve, entre autres, une liste, longue, des victimes de la police, de 2005 à 2015.
Ici avec le site "désarmons-les !" http://desarmons.net/index.php/category/blessees/
ici avec la page facebook de "Recensement des violences policières" https://www.facebook.com/ViolencesPolicieres/
ainsi que là, auprès du réseau "résistons ensemble contre les violences policières et sécuritaires. https://resistons.lautre.net/
Les journaux Reporterre et Bastamag ont également réalisé des enquêtes sur le sujet.
Pour son rapport sur les violences policières, publié le 14 mars 2016, l’ACAT (Association des chrétiens pour l’abolition de la torture), une ONG de défense des droits de l’Homme, a enquêté durant 18 mois, sur 89 cas, depuis 2005. Ici : http://www.acatfrance.fr/rapport/l-ordre-et-la-force
Un rapport du Comité contre la torture des Nations unies fustige l’usage "excessif" de la force employée par les représentants de l’ordre ces derniers mois. C’était en 2016, en plein début d’état d’urgence. http://www.lepoint.fr/societe/violences-policieres-l-onu-met-la-france-a-l-amende-15-05-2016-2039508_23.php.

Cette pourriture par la tête (sentiment d’impunité de M. Benalla proche collaborateur qui s’est épanoui dans la lignée du chef de l’Etat, se prenant lui-même pour Jupiter, double romain de Zeus, roi des dieux...) qui succède à la pourriture par les membres est assez caractéristique de l’état d’abandon et de déliquescence de la démocratie depuis tant d’années. Le pourrissement est profond, inextricable.
Pour alléger le chariot de feu, de fer, de sang, du pouvoir en place, et décoloniser l’imaginaire, imaginons ensemble un slogan salvateur, en cette période de forte répression correspondant à la crispation du capitalisme (et son corollaire, le néolibéralisme), qui nous détruira tous et toutes, si nous n’agissons pas... Voici : ,

Bien à vous. Et méfiez-vous du matraquage publicitaire. C’est aujourd’hui le plus destructeur des synapses...

Pierre, le fantôme de Fournier

Note.
Les images détournées sont parmi les plus célèbres de Mai 68. L’affiche de Jacques Carelman a été réalisée à l’Ecole des Beaux-Arts et la photo de Gilles Caron a été faite dans la rue du Vieux Colombier, le soir du 6 mai.
Pierre Douillard a publié un livre "l’arme à l’oeil. Violences policières d’Etat et militarisation de la police", aux éditions Le Bord de l’eau, en 2016.