Avenir de la ZAD. ZAD partout, ZAD toujours ? Rien n’est moins sûr.

, par Pala

Dernières nouvelles de la ZAD en trois phases. Une semaine moins sanglante mais fertile en actions.

Lundi 23 avril.
Conférence de presse des zadistes et du Copain 44 à la fin de l’échéance de dépôt des fiches individuelles de projets agricoles ou autres, réclamées par la préfète des Pays de Loire. 41 fiches individuelles ont été déposées, avec une majorité de projets agricoles mais aussi des projets artisanaux comme une forge ou une menuiserie, des projets culturels aussi. Ces projets sont interdépendants et visent à construire une vie collective harmonieuse au sein de la zad, fondée sur la coopération. Une vision du monde et de la société assez éloignée de celle dominant aujourd’hui, selon les termes du traité européen de Lisbonne, dans une concurrence libre et non faussée. Ayant appris à vivre ensemble et à s’entraider depuis près de dix ans, les zadistes qui souhaitent rester sur la zad pour y vivre décemment et dignement le restant de leur vie, s’ils sont d’accord pour être déclarés à la MSA, à la Chambre d’Agriculture, payer leurs impôts et accepter les conditions sanitaires exigées par la profession d’agriculteur, ne vont pas pur autant devenir des concurrents pris dans une compétition dont personne ne sort vainqueur, jamais. Ils veulent vivre ensemble, en bonne intelligence et en coopération les uns avec les autres, comme ils le font depuis longtemps. Quoi de plus naturel ?

Jeudi 26 avril.
Communication du premier ministre sur la "matinale" d’Europe 1, sur trois sujets, la SNCF, Air France et NDDL. La partie concernant Notre Dame des Landes dure un peu plus de 3 minutes. Peu de surprises, si ce n’est la prise en considération de 28 projets sur les 41 déposés. A savoir que seuls les projets agricoles ont été retenus. Pas les projets artisanaux conçus pourtant pour aller avec les agricoles constituant une collectivité de coopération et d’interdépendance. Comme une micro-société autogérée. C’est bien ce que ne veut pas l’Etat. L’Etat préfère et exige des exploitants agricoles solitaires, isolés, en fait exploités par le système, c’est-à-dire par la Chambre d’Agriculture, la FDSEA, le Crédit Agricole, la Grande Distribution, les Transformateurs... comme l’était Jérôme Laronze, l’agriculteur abattu par les gendarmes dans sa fuite d’un contrôle.
Le premier ministre a donc corrigé l’approche de la préfète des Pays de Loire, qui avait envisagé d’accepter des projets autres qu’agricoles dans la mesure où ils étaient conçus comme le complément indispensable des projets agricoles. Une forge et une menuiserie, par exemple, pourraient servir à fabriquer des outils "low-tech" nécessaires à la production agricole artisanale plutôt que d’aller en acheter de tout faits, pas nécessairement "low-tech", chez les commerçants de machines agricoles (ce qui signe souvent le début de l’endettement lourd des paysans).
La date du comité de pilotage a aussi été avancée, du 6 juin au 14 mai, pour l’étude et l’analyse des projets présentés par les zadistes. Cela veut dire moins de temps pour eux pour se préparer à cette rencontre et pour faire les démarches nécessaires à leur installation future.
Il confirme aussi la reprise des hostilités, dans les mêmes conditions, dès le 14 mai, éventuellement, à l’égard des projets non retenus parmi ces 28. 29 lieux ont été détruits/"déconstruits" lors des trois premières semaines d’invasion, Il en reste environ 60 à 70, sachant que les quatre paysans historiques ont cette semaine signé la convention d’occupation précaire individuelle qui leur permet de retrouver l’usage légal de leur parcelle de terrain (même si l’expropriation ne les avait pas empêché de cultiver les terres qui avaient été les leurs). Cela veut dire encore 30 à 40 destructions en vue, y compris de lieux habités en dur, comme les Fosses Noires, peut-être.
Il insiste sur la violence des échanges, comme on a pu le voir. En effet, les images prises par journalistes et zadistes montrent clairement l’extrême violence des troupes lancées dans cette opération César au carré (2 fois plus de militaires que pour la 1e opération). Les résultats s’en font sentir, plus de 200 blessés rien que du côté zadiste et journaliste (des journalistes ont eu le sentiment d’être visés), une trentaine côté militaire (dont une bonne partie par l’explosion de grenades en cours de lancement due à une mauvaise manipulation des gendarmes). Ces images ont pu être faites malgré les barrages et la gêne apportée aux journalistes dans leur travail, en tout cas aux photographes et aux filmeurs et grâce au courage de certains zadistes ou soutiens.
Dernier point. Une question à laquelle le chef du gouvernement ne répond pas. Cela vaut-il le coup de dépenser plus de 5 Millions d’euros (selon une estimation du Figaro) pour déloger 50 "occupants illégaux" ?

http://www.europe1.fr/politique/en-direct-edouard-philippe-invite-deurope-1-a-8h10-3635897

Samedi 28 avril.
Reportage vidéo en direct d’une habitante de la zone, samedi matin, montrant encore des troupeaux de gendarmes vraiment mobiles en train de manoeuvrer, comme à la parade. L’étonnement de la filmeuse comme de celles et ceux qui regardent, c’est qu’il ne se passe rien, côté zadiste.

La ZAD a encore (été) frappée...
Une image étonnante de la trêve telle qu’elle est mise en place depuis jeudi 26 avril sur la zad de NDDL, selon le général dirigeant la gendarmerie nationale et notre ministre premier. Cela se passait ce matin. L’effet du tournage en continu avec un téléphone portable surenchérit sur la question du cadre, qui montre bien-sûr, mais aussi cache. La voix off en direct, non formatée et curieuse, ajoute un piment savoureux, accentué par le timbre.
Que voyons-nous ? In fine. Quelque chose qui s’apparente à un exercice. Sont-ce de jeunes recrues, des bleus nouvellement sur la zad. On n’est pas loin des légions césariennes d’Astérix.
Premier ministre et mari de la Hulotte ont beau avoir répété qu’ils ne veulent pas d’un nouveau Larzac. Effet de com’, comme tant d’autres (ils disent ne pas vouloir d’une solution foncière collective, pourquoi ?).
Ils ont pourtant transformé la zad en camp militaire et même, en fait, en champ de manoeuvres. Les unités non encore formées viennent y apprendre les tactiques de guérilla qu’elles mettront en oeuvre à la fin de ladite trêve, lorsque le cas des 28 (sur 41 déposés) projets agricoles retenus pour le moment aura été traité. Alors, il sera question à nouveau de "déconstruire" les lieux habités par les autres projets, artisanaux, sociaux ou culturels... A partir du 14 mai, si on a bien compris le premier ministère... largement aidé par l’éditorialiste maison. Voir plus haut l’entretien en vidéo. La confrontation de deux mondes qui s’opposent est apparemment sans violence, sur ces images, rapport à celles d’il y a deux semaines. Pourtant la violence est bien là et transpire, même, dans ces soldats casqués, armés, disciplinés, tout de bleu sombre vêtus dont les silhouettes militaires s’incrustent dans le paysage verdoyant et bucolique de la zone humide qu’est la zad, en ce printemps 2018. La violence est ici celle du quotidien, avec un côté italo-romain, moitié légions de César, moitié celles de Mussolini. Et cette confrontation entre deux mondes radicalement opposés se résout ici dans une réalité déjà observée dans le passé, qui a pour nom "l’Occupation". Celle d’un territoire de vie auto-organisé librement et solidairement, une "commune libre" par des troupes étrangères imposant leur domination et celle de leur monde, celui d’une dictature économique et politique qualifiée de "démocratique", le capitalisme-productivisme déployant toute la force brutale de sa puissance morbide et mortifère.

Mise à jour.
Un certain H.K. sans les saltimbanques, nous explique récemment que nous sommes en guerre civile et que Hulot n’a pas compris l’anarchie.
Mais oui, pour une fois, nous sommes d’accord avec lui. Deux fois vrai. Et nous apportons quelques compléments.