"CETA, TAFTA, on n’en veut pas !" criaient les manifestants à Strasbourg. CETA dire ?

, par Christine

Mardi 14 février
Pourquoi s’opposer au CETA ?
Sauf à considérer que les députés européens sont sensibles au lobbyisme forcené des transnationales qui s’opère à Bruxelles, il est difficilement compréhensible que nos élus soient si empressés de signer le CETA, accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada.
Cet accord ne respecte pas l’accord de Paris sur le climat
D’une part, en favorisant plus de circulation des marchandises entre les deux continents, au détriment de la relocalisation des productions et des consommations (impossible par exemple de favoriser les producteurs locaux dans les appels d’offres publics !), d’autre part en permettant qu’aucune restriction ne soit imposée concernant le commerce des énergies (sables bitumineux d’Alberta qui débarquent dans notre bouquet énergétique ou entreprises canadiennes qui exigent de pouvoir exploiter le gaz de schiste dans le sud de la France ou en Pologne, voilà une perspective intéressante !), cet accord est un "booster" de la croissance d’émission des gaz à effet de serre.
Cet accord favorise la mainmise de l’agro-industrie
Dans l’article 5.2 du traité, on peut lire : « protéger la vie ou la santé humaine, animale et végétale dès lors que cela facilite le commerce » ou encore « s’assurer que les mesures sanitaires et phytosanitaires prises par les parties ne créent pas de barrières injustifiées au commerce »
Autrement dit : d’abord le libre-échange et ensuite la santé des populations et l’environnement !
Pour exemple, 65 000 tonnes de viande bovine qui entrent en plus dans l’union européenne, comme cela est prévu, laisse entrevoir une production de plus en plus mauvaise qualité pour résister à la concurrence. Le Canada, étant le cinquième producteur d’OGM au monde, les entreprises réclament déjà de pouvoir exporter certains OGM en Europe !
Cet accord entérine un net recul des services publics
Les parties s’engagent à ouvrir à la concurrence leurs services publics. Fini les subventions, fini les bureaux de poste moins rentables dans les secteurs ruraux, fini les choix éducatifs visant à réduire les inégalités sociales, etc…
Voici, en quelques exemples, ce que nous dénonçons, mais la liste serait encore bien longue !

Mercredi 15 février : vote pour l’adoption de l’accord de libre-échange Union Européenne / Canada, au Parlement européen : une mobilisation est prévue à Strasbourg
Mardi 14 / 02 : arrivée à Strasbourg de nombreux opposants au traité.
Le soir, des ateliers et préparations d’actions sont en cours. Ambiance magique de ces soirées où tout est possible, où les guitaristes s’en donnent à cœur joie, où la cuisine s’organise joyeusement.
Nuit courte dans un gymnase de Strasbourg et réveil matinal : des copains ont prévu une action au Parlement, à 8 h. Après un rapide petit déjeuner, direction le Parlement européen où des copains ont prévus une action symbolique : ils vont s’allonger sur le sol, ne laissant aux députés et autres habilités à entrer, en ce jour de vote, sous haute surveillance citoyenne, que la possibilité de les piétiner pour passer ! Les parlementaires qui piétinent le peuple…
Opération réussie ! la police n’est pas intervenue.
Retour au Molondoï, à Strasbourg : deux cars d’Espagnols, des Irlandais, des Italiens, des Belges… des Hollandais sont arrivés. Briefing sur le déroulé de la journée, café, re-café et c’est enfin le grand départ vers la place Kléber. Nous serons environ 1500 à battre le pavé. Banderoles, tee shirts, chapeaux, autocollants, chansons, slogans « CETA, TAFTA, on n’en veut pas », ambiance sympathique mais très cadrée : du service d’ordre des associations au choix des slogans. A mi-chemin, on nous presse d’accélérer sous peine d’arriver après le vote. Les manifestants s’égosillent devant les fenêtres du Parlement, chantent… Jusqu’au résultat du vote : 458 pour, 253 contre et 73 abstention.
Moment de silence, de déception, comme s’ils s’attendaient à ce qu’il en soit autrement…
Et là, des prises de parole surréalistes ! En pareil cas, on pourrait s’attendre à une réaction spontanée des manifestants : des cris d’horreur, ou quelques débordements ou le besoin de s’en prendre au matériel ou…
Mais rien de tout cela : des responsables d’associations, de syndicats nous ont expliqué qu’on avait mis énormément d’énergie sur cette lutte et que cela avait été payant puisqu’au premier vote, seuls une centaine de parlementaires avaient voté contre : on a réussi à doubler leur nombre !!! Que, de surcroit, il fallait maintenant penser à convaincre nos parlementaires nationaux de ne pas le ratifier !
Et une AG de lutte a été décidée pour l’après-midi.
Repas sur le pouce et direction l’AG de lutte.
14 heures et premières prises de paroles : il s’agissait de faire un débriefing de l’action du matin. Nous avons revécu pas à pas tout ce qui avait été fait, sans oublier les petites querelles, l’expression des égos et tout ce qui fait durer ce débriefing jusqu’à 16 h 30, heure à laquelle de nombreux militants devaient reprendre le bus, ce qui arrêtât là notre AG de lutte.
Bien sûr, ce n’est pas une critique des organisateurs, juste une réflexion sur notre façon de s’accommoder des défaites, de se plier à Leurs décisions ou à Leurs votes.
Malgré la conscience que nous avions le matin de la façon inquiétante dont le CETA pèserait sur notre avenir et celui de nos enfants, nous n’avons même pas été en mesure d’envisager une suite à cette mobilisation. Pas d’autre rendez-vous d’action prévu, pas de débordement à Strasbourg !
Ils peuvent continuer à prendre les décisions que Leur dictent Leurs intérêts : ils ne prennent aucun risque d’autant qu’ils savent qu’après l’action, chacun rentrera chez soi, amer mais défait, sans perspective ! Au 1er mars, l’accord entrera provisoirement en vigueur mais il restera à ratifier par les parlements nationaux. C’est maintenant qu’il faut agir !

Mais que voulons-nous vraiment ?
S’agirait-il de contester quelques éléments de ce traité parce que certains y voient la malbouffe sous-jacente, d’autres l’arrivée des gaz de schistes et d’autres encore une menace sur leur statut de fonctionnaire, sans remettre en cause les institutions ? Alors, nous mènerons la lutte comme elle le fut à Strasbourg. Ou s’agirait-il de s’opposer réellement au système capitaliste parce qu’il permet l’émergence d’un tel traité ? Alors, nous avons besoin de nous organiser, de mettre en place des luttes plus déterminées pour défendre nos territoires.


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