Climat 2017 : des Iles Fidji aux mines de Rhénanie

, par adorde

Enfin une bonne nouvelle ! Il y a au moins un sujet sur lequel les dirigeants de tous les grands pays de la planète sont d’accord. Et c’est le plus important de tous, celui des dérèglements climatiques. Mais ne faisons pas comme les émissions de CO2, ne nous emballons pas : s’ils sont d’accord c’est à minima pour ne rien faire, au pire pour remettre en cause le peu qui a été acté au fil des conférences internationales. La situation n’a jamais été aussi catastrophique, les relations entre réchauffement climatique et extinction de la biodiversité, guerres et migrations forcées, épidémies et maladies endémiques sont désormais avérées. Raison de plus pour ne rien faire ou faire pire, cela va de soi.

By Presidencia de la República Mexicana [CC BY 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons

Alors que Donald Trump a affirmé qu’il prendrait position d’ici fin mai sur une éventuelle sortie de l’Accord de Paris issu de la conférence climat de 2015, Scott Pruitt, le nouveau patron de l’Agence américaine de protection de l’environnement, l’équivalent de notre Ministère de l’Ecologie, confirme que cet accord est « une mauvaise affaire pour l’Amérique », relevant que la Chine, le plus important émetteur de CO2 de la planète, et l’Inde, troisième émetteur mondial, n’ont « aucune obligation dans le cadre de cet accord jusqu’à 2030 ». Ce qui est exact. En revanche, il a déploré que « les Etats-Unis subissent tous les coûts sans délai ». Ce qui est faux. L’administration Obama s’était engagée à Paris à ce que les USA réduisent leurs émissions jusqu’à 30% à l’horizon 2025. Ce qui amène ce délai à 10 ans, une décennie cruciale pour l’avenir de l’humanité. De toute façon, selon Trump, le réchauffement climatique est une invention des Chinois pour affaiblir l’économie Yankee. Avec de tels arguments, on peut s’attendre à ce qu’aucun délai ne soit respecté.

En 2014, la Russie a enregistré plus de 500 phénomènes météorologiques extrêmes. Elle se réchauffe 2,5 fois plus vite que la moyenne mondiale. En Sibérie, la hausse des températures contribue à la fonte des sols gelés du Grand Nord, réveillant des virus et des bactéries qui tuent les rennes, une des bases de l’économie locale, et s’attaquent déjà aux humains. Mais selon Vladimir Poutine, il est impossible de freiner le réchauffement, qu’il met sur le compte des cycles naturels. Ce qui lui permet de vanter les bienfaits du phénomène, puisque la fonte des glaces facilitera la navigation en mer dans le nord de la Russie, ainsi que l’exploitation des richesses de l’Arctique. En 2015, la Russie s’est engagée à réduire ses émissions de GES de 25 à 30 % d’ici à 2030 par rapport à l’année de référence 1990. Or, du fait de l’effondrement du bloc soviétique et de la diminution d’activité d’une partie importante du tissu industriel du pays, les émissions avaient chuté en dessous de ces objectifs à la fin du siècle dernier, pour remonter de manière régulière à partir des années 2000 avec la reprise d’une activité économique presque entièrement basée sur les énergie fossiles. Une remontée qui s’est accélérée ces dernières années, à tel point que certaines sources annoncent que loin de diminuer, les émissions de la Russie devraient en réalité augmenter de 40 à 50 % d’ici 2030, ce qui rend totalement illusoires les chiffres de réductions avancés.

tagebau_garzweiler_panorama_2005.jpg, © Raimond Spekking / CC BY-SA 4.0 (via Wikimedia Commons)

Vladimir Poutine et Donald Trump parlent donc de la même voix au sujet du changement climatique. Qu’en est-il des autres ?
La Chine et l’Inde semblent faire plutôt bonne figure, en investissant massivement dans les renouvelables, sans pour autant remettre en cause leur dépendance aux énergies fossiles, dont le charbon qui caracole largement en tête. Il faut juste rappeler que pour des pays qui, depuis 10 ans, ont augmenté leurs émissions annuelles de plus de 100%, il serait enfin temps de s’y mettre ! Mais nous savons que depuis son accord séparé avec les USA de 2014, la Chine ne prévoit une diminution de ses émissions qu’autour de 2030, alors que l’Inde a fixé la même échéance pour parvenir à une réduction de 35% de son « intensité carbone ».
Pour ce qui concerne l’Union européenne, nous sommes sans doute, plus encore que pour les autres grands pollueurs, dans le domaine des effets d’annonce. L’Union européenne se targue d’atteindre un objectif de réduction de 80% de ses émissions d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990, avec des objectifs intermédiaires de 40% en 2030 et 60% en 2040. Dans la réalité, on ne note aucune amélioration. Alors que l’Europe avait affiché des résultats encourageants en 2014, en réduisant de 5% ses émissions, celles-ci sont reparties à la hausse, près des deux tiers des Etats membres ayant vu leurs émissions croître à nouveau depuis 2015.

Pour les autres, presque tous les autres, ceux qui ne décident pas mais subissent, la situation est de plus en plus dramatique : des canicules extrêmes ont frappé l’Afrique et le Proche-Orient en 2016. Plus de 42°C ont été relevés en janvier en Afrique. Le record absolu a été atteint au Koweït avec 54°C, la température la plus élevée jamais enregistrée en Asie. L’Iran et l’Irak ont également vu le mercure dépasser ponctuellement les 53°C. En Afrique de l’Est, des précipitations faibles ont coïncidé avec des températures élevées, précipitant dans l’insécurité alimentaire et la famine près de 20 millions de personnes, une situation qui s’est aggravée au début de l’année 2017.
Selon le dernier bilan climatique annuel établi par l’Organisation météorologique mondiale, tous les éléments du système climatique sont affectés par les records de chaleur de l’an dernier, des changements tels que les scientifiques ont déclaré que nous sommes entrés désormais en territoire inconnu. Conséquence de la montée du niveau des océans, et malgré les dénégations de Trump, Miami et New York pourraient être envahies par les eaux et devenir inhabitables avant la fin du siècle. Mais cependant, ce sont toujours les arguments économiques et géopolitiques qui priment. L’avenir de l’humanité, on verra plus tard. Trop tard.

© Raimond Spekking / CC BY-SA 4.0 (via Wikimedia Commons)

Dans un tel contexte, la prochaine COP, rendez-vous annuel des négociateurs du climat, aura lieu début novembre 2017. Il s’agira de poursuivre les négociations internationales pour l’application de l’accord de Paris. Les îles Fidji seront les organisateurs officiels de cette conférence, mais elle se tiendra à Bonn, en Allemagne, la ville où se trouve le secrétariat de l’UNFCCC, structure organisatrice des COP. L’archipel du Pacifique n’est en effet pas en mesure d’accueillir les milliers de personnes attendues. Il s’agit donc là d’une initiative symbolique et fortement hypocrite, d’une manière de suggérer : nous, on ne change rien, mais vous qui êtes les premiers menacés, on va vous aider à vous adapter au pire, promis juré !

Mais comme les émissions de GES sont la chose la mieux partagée du monde, du local au global, il suffit de parcourir moins de 100 kilomètres à partir de Bonn pour rencontrer une des plus grandes sources d’émissions d’Europe : de gigantesques mines à ciel ouvert de lignite, qu’on appelle aussi le charbon brun, le plus polluant qui existe, dont l’exploitation représente un quart de la production d’électricité du pays. La tenue de la COP sera une bonne occasion pour mettre le projecteur sur cette si peu surprenante coïncidence. Mais les militants du climat n’attendront pas la COP. Du 24 au 29 août, un camp climat se tiendra sur les lieux, il organisera des actions de blocage de la mine, à côté de rencontres militantes dont une école d’été de la décroissance. Comme en mai 2016 où 4000 personnes avaient participé au blocage d’une mine du même type dans l’ouest de l’Allemagne pendant plus de 48 heures. On espère que cette initiative connaîtra le même succès, qu’elle sera une importante étape dans les mobilisations de toutes natures qui ne manqueront pas de se tenir en novembre, à Bonn comme dans le monde entier.

© Raimond Spekking / CC BY-SA 4.0 (via Wikimedia Commons)