DELUGES. 3ème épisode... SOUS LE SIGNE DE LA CATA

, par adorde

SOUS LE SIGNE DE LA CATA

Les préparatifs de l’occupation de la Principauté avaient été réalisés dans le plus grand secret. Le véritable état de siège mis en place par les autorités locales avec l’aide de la police française, en prévision de cette occupation, avait été bousculé, contourné, quasiment ignoré par une myriade de petits groupes très bien organisés, apparus de tous les côtés à la fois, par les chemins et les rues des communes françaises voisines de Monaco, Cap d’Ail, La Turbie, Beausoleil, pour certains par la mer sur toutes sortes d’embarcations, pour d’autres par la voie des airs, par le biais d’ULM et et autres planeurs.
Tous avaient convergé aux abords du Grimaldi Forum, encerclé par un cordon de gendarmes sur-équipés, lourdement harnachés et armés, qui en bloquaient tous les accès.

Herwan Messager avait très mal réagi à cette obstruction, prêt à faire le coup de poing pour se frayer un passage dans cette foule compacte. On est comme ça, nous, les Messager ! Il s’était avancé aussi loin qu’il avait pu, abandonnant ses collègues restés prudemment en arrière. Mais qu’est-ce qu’ils veulent ? grommelait-il. Défendre leurs privilèges de nantis alors que tant de gens crèvent du fait du réchauffement, c’est ça qu’ils veulent, ces égoïstes, ces gosses bien nourris ! Ils ne comprennent vraiment rien à rien !

- Mais qu’est-ce que vous voulez ? lança-t-il à un petit groupe de jeunes gens qui lui faisait face, garçons et filles en jeans et baskets, portant des tee-shirts sur lesquels s’inscrivait en encre fluo dégoulinante un sigle de quatre lettres, quatre lettres formant le sigle CATA.
- On veut que vous preniez enfin vos responsabilités, monsieur le délégué ! répondit un garçon du groupe.
- Nos responsabilités ? Mais nous les prenons, jeune homme, nous les prenons ! En tout cas, moi, je les prends !
- Ah oui, vous êtes qui, vous, monsieur le responsable ?
- Herwan Messager, directeur du département géoingenierie de MST, c’est ce que je suis.
- La géoingenierie, c’est la guerre ! cria un autre garçon.
- La guerre ? Quelle guerre ? C’est vous qui voulez la guerre ! Tout ce qui vous intéresse, c’est de défendre vos privilèges de nantis, de gosses bien nourris, alors que tant de gens crèvent du fait du réchauffement ! C’est ça que vous voulez, égoïstes !
- Et toi, c’est ça que tu veux ? s’exclama un autre des garçons du groupe, soudain hors de lui, levant le poing, frappant Herwan au visage. Un coup si violent qu’il le jeta à terre. Dans un éclair, il vit, comme dans les bandes dessinées de son enfance, une couronne d’étoiles scintillantes, tourbillonnant autour de sa tête, puis s’éloignant dans l’espace.

Herwan revint à lui presque immédiatement. Alors que sa vision s’éclaircissait, il distingua les quatre lettres C A T A. Quatre lettres mouvantes dessinées sur le tee-shirt que portait une jeune femme brune au teint mat, aux yeux noirs et brillants, penchée sur lui, son visage tout près du sien.
- Ça va, monsieur ? dit-elle dans un souffle.
- Ça va, s’entendit-il répondre.
- Vous êtes sûr ? insista-t-elle.
- Oui, merci, mademoiselle, dit Herwan en se relevant.
- Alors tant mieux... Il faut que j’y aille, maintenant, dit la jeune femme, tendant le bras dans la direction où ses camarades s’éloignaient. Elle s’écarta, disparut, non sans avoir, avant de se fondre dans les rangs des manifestants, jeté un dernier regard vers le délégué.

Herwan, la tête endolorie, vit ses collègues le rejoindre. Il ne leur raconta rien de ce qui venait de se passer. On a sa fierté, nous, les Messager !

Les délégués reprirent ensemble leur chemin vers le Grimaldi Forum. A leur grande surprise, les manifestants s’étaient dispersés en bon ordre, reprenant en sens inverse les chemins par lesquels ils étaient venus. Passant entre deux haies de gendarmes, les délégués purent rejoindre sans encombres la séance d’ouverture de la Conférence.

Malgré l’importance de la mobilisation, les organisateurs de l’occupation de la Principauté avaient décidé de ne pas maintenir la pression sur la Conférence.
Pour ces militants du climat, il s’agissait avant tout d’affirmer leur présence, leur nombre et leur détermination, ce qui avait été parfaitement accompli ce matin là.
Mais il s’agissait tout autant que la Conférence puisse avoir lieu, pour que sa vacuité, son inutilité, comme celle des précédentes, soit à nouveau démontrée. Pour les activistes, désormais, l’essentiel se passerait ailleurs.