Déluges, 11ème épisode : Herwan à Saintreuil

, par adorde

HERWAN A SAINTREUIL

Si Herwan Messager avait prit la décision de consacrer quelques heures de son précieux temps à ce rendez-vous à Saintreuil, ça n’était pas seulement pour défendre la cause de MST face à des adversaires qui, de toute façon, ne faisaient pas le poids. Ce qui le motivait surtout, c’était la réapparition de cette fille revenue d’un passé très récent. Malgré le passage du temps, malgré les apparences, l’humiliation qu’il avait subi à Monaco était restée tapie dans un coin de sa mémoire, et l’attitude de cette Jeanne-Maria, la seule de son groupe d’énergumènes à s’être sur le coup préoccupée de son état, avivait sa curiosité à son égard. Et la manière dont elle était intervenue, sans aucune complaisance, lors de la conférence de presse au siège de MST, n’avait pu qu’accentuer cette curiosité.

A l’entrée de Saintreuil, la voiture d’Herwan fut détournée vers un parking dont le gardien annonça à ses occupants que tous les véhicules arrivant devaient rester garés là, la circulation motorisée étant interdite en ville, hormis dans les cas d’urgence, bien entendu. Herwan eut un mouvement d’humeur.
- Alors, on fait comment ? demanda-t-il.
- Il y a des navettes qui vont partout, répondit le gardien, lui désignant d’étranges véhicules garés non loin de là, de grandes voitures à pédales aux couleurs bariolées.
- C’est des taxis solaires, dit le gardien. C’est gratuit, bien sûr.
- Des taxis solaires ? ça fonctionne, ça ?
- Bien sur, répondit l’homme.
Descendu de voiture, Herwan s’approcha d’un de ces véhicules et constata qu’ils portaient en effet sur le toit un panneau solaire. Le gardien, voulant rendre service à ce nouveau venu, l’avait suivi. Il lui expliqua comment fonctionnaient ces véhicules insolites.
- Il y a aussi ces vélos en libre-service, dit-il, montrant une station où étaient alignées des bicyclettes d’allure étrange, elles aussi. Des vélos que l’on conduisait couché, les jambes en avant. Là, il y une location, précisa le gardien.
- Ah bon, dit Herwan, c’est pas gratuit, ça ?
- Non, le prix est vraiment minime, mais il faut payer en Sequana.
- En quoi ? Qu’est-ce que vous racontez, mon gars ?
- C’est le nom de notre monnaie locale. Sequana, c’était la déesse protectrice de la Seine, chez nos ancêtres gaulois, qu’on appelait les Parisii. C’est pour ça qu’on l’a choisi pour désigner notre monnaie. Sequana, pour Saintreuil-sur-Seine, vous comprenez ? ça fait penser aussi aux sequins, une ancienne monnaie française. Mais la nôtre, elle est moderne, de monnaie, révolutionnaire même. Vous avez un distributeur là-bas, si vous voulez. On peut y changer des Euro contre des Sequana.

Herwan allait de surprise en surprise ! Mais il ne tenta aucune des expériences que lui proposait l’homme du parking, et prit à pied la direction du centre-ville, qui ne se trouvait pas bien loin.

Ce qui frappa d’abord Herwan alors qu’il parcourait les rues de Saintreuil, c’était que la circulation de véhicules à moteur était réellement inexistante, comme le lui avait annoncé le gardien du parking, mais qu’on y croisait toutes sortes d’autres moyens de locomotion, dont ces taxis collectifs aux couleurs joyeuses et à propulsion propre qu’il avait découvert à l’entrée de la ville, à côté de vélos, patinettes et autres rollers. Et même de carrioles tirées par des chevaux, qui semblaient être affectées au transport des déchets.
Ainsi, Herwan constata que les rues, peu encombrées, rétrocédées à l’insouciance des promeneurs et aux jeux d’enfants, étaient de ce fait comme embellies, offrant aux habitants les moyens d’en promouvoir le charme, car rien ne décourage plus le vandalisme que la beauté. La végétation était très abondante et de multiples formes, des herbes de trottoir poussant librement aux façades d’immeubles et aux toits végétalisés. Herwan constata ensuite qu’il y avait autre chose de différent dans le paysage. Quelque chose qui manquait. Il se rendit alors compte qu’il n’y avait pas ou très peu de panneaux publicitaires, et que ceux qu’il y avait étaient exclusivement réservés à de la publicité locale.

Il parvint ainsi dans la rue principale, qui portait le nom d’avenue Ivan Illich / anciennement boulevard du Progrès, tourna dans la rue Jacques Ellul. Au coin de la rue André Gorz, il trouva le local de SMALL. Jeanne-Maria, en compagnie d’un groupe de jeunes gens, l’attendait sur la pas de la porte.
- Pas de doute, c’est bien lui, le type de Monaco, constata Jeanne-Maria.
- Pas de doute, c’est bien elle, la fille de Monaco, se confirma Herwan,