Déluges 20ème épisode : l’invitation d’Herwan

, par adorde

Eric expliquait :
- L’ANDRA, c’est ce truc qui gère plusieurs sites de stockage de déchets nucléaires. Le plus important, comme vous le savez tous, ça devrait être celui de Bure, dans le département de la Meuse. Pour le moment ils en sont à une étude de faisabilité d’un enfouissement en profondeur de déchets de moyenne et haute activité à vie longue, comme ils disent, ça veut dire les déchets les plus dangereux. Mais voilà, dès le début, il y a eu une opposition locale au projet, qui est devenue de plus en plus forte avec l’arrivée sur place des militants qui ont créé une zone à défendre, comme à Notre-Dame des Landes. Il y a eu un débat public assez houleux. C’est à cette occasion que j’ai fait la connaissance, si je peux dire, de ce type que nous avons vu dans la décharge. C’est un des responsables les plus fanatiques, celui qui intervenait à tout bout de champ pour défendre le projet. Dernièrement, l’ANDRA a voulu faire expulser les militants qui occupent un petit bois, près de Bure. Mais c’est elle qui a été expulsée par la justice ! Des habitants avaient contesté la cession de ce bois par leur commune, faite par une délibération en catimini du Conseil municipal. Ils ont obtenu gain de cause. Tout ça fait que le projet est actuellement en grandes difficultés.
- Et que ses promoteurs pourraient être tentés de chercher ailleurs où enterrer leurs merdes, remarqua Aurélia.
- Et pourquoi pas ici, dans la décharge, continua Jean-Ernesto.
- Ça alors, dit Jeanne-Maria, ça serait quand même fort...
- Mais comment savoir ?
- On va se renseigner de notre côté, dit Eric.
- L’autre moyen d’en savoir plus, c’est Herwan Messager, dit Jeanne-Maria.
Tous se tournèrent vers elle.
- Evidemment, dit-elle. Il doit forcément être au courant. Mais je ne vois pas sous quel prétexte on pourrait le recontacter. Depuis l’épisode de la décoration de sa voiture...
- Et ben voilà, lança quelqu’un, tu n’as qu’à l’appeler pour lui dire qu’on s’excuse et...
- C’est ça, et pendant qu’on y est, qu’on s’excuse aussi de poursuivre la lutte ! le coupa Jean-Ernesto.
Ils en étaient là de leurs réflexions quand les derniers représentants des CATA se séparèrent, reprirent le chemin de la gare ou du parking d’entrée de ville. Quand aux activistes locaux, ils se dirigèrent vers la Ferme pour y tenir une dernière réunion de bilan de la rencontre, de perspectives pour la suivante.

C’est en arrivant que nos amis trouvèrent la réponse à leurs interrogations, comme servie sur un plateau, sous la forme d’un mail adressé le jour même à Jeanne-Maria, qui disait :
L’association Paysages et Patrimoine a le plaisir de vous inviter à une soirée amicale et festive à l’occasion de la remise en état du château de Valmont et de ses magnifiques jardins.
C’était signé : pour P&P, le secrétaire général : Herwan Messager.
- Ça alors, dit Jean-Ernesto, il nous avait caché ça : il est vraiment polyvalent, ce type !

Depuis plusieurs jours, tous savaient qu’une intervention de la police pour chasser les activistes occupant le Rond Point Libéré était imminente. La manifestation du dimanche n’avait pu qu’inciter les pouvoirs publics à accélérer le processus. Il fallait donc rester extrêmement mobilisés. Avec l’accord de ses camarades, Jeanne-Maria décida pourtant d’aller à la soirée organisée par Herwan, charge à elle d’en profiter pour tenter de savoir le maximum sur ce qui pouvait bien se tramer à Mézidon.