Déluges, 21ème épisode : Paysages et patrimoine

, par adorde

Le château de Valmont se trouve à une petite distance de la station Boissy-Saint-Léger du RER, située tout au bout de la ligne A. Pour y parvenir, Jeanne-Maria dû rejoindre le vieux village, parcourir la rue principale qui porte comme il se doit le nom de rue de Paris, puis obliquer à gauche, prendre une allée bordée de grands arbres, traverser un petit bois. L’entrée de la propriété, encadrée par deux logis de gardes, se trouvait à l’orée opposée de ce bois. La grille était ouverte, la cour intérieure envahie par de luxueux véhicules. Jeanne-Maria monta les marches du perron, tendit son carton d’invitation, passa au vestiaire déposer son sac et son blouson, pénétra dans la salle d’honneur du château où elle ne tarda pas à croiser Herwan.
- Aujourd’hui, ça va sans doute t’étonner, c’est moi qui t’accueille en tant que protecteur de l’environnement, lui dit-il, la tutoyant d’emblée.
- Vraiment ?
- Oui, vraiment. Ce château et son parc font partie d’un patrimoine que nous nous attachons à défendre.
- Nous ?
- Oui, nous, les membres de Paysages et Patrimoine. Il faut être un peu illuminé pour s’occuper de vieilles pierres aujourd’hui, mais nous, il faut croire que nous le sommes ! Ce château, ce remarquable témoin architectural du siècle des Lumières, il était question de le transformer en résidence de luxe. Cela va peut-être te surprendre, mais nous nous sommes battus contre ce projet ! Nous avons acheté ce château et aujourd’hui, il vient d’être primé dans un concours national des plus belles restaurations. Le parc a aussi été réaménagé, il abrite maintenant une belle collection d’arbres, des conifères principalement. Et surtout, l’important, c’est que ce domaine magnifique va être mis à la disposition de la collectivité. Il sera ouvert à des séminaires, des spectacles, toutes sortes de rencontres, d’événements publics et privés.
Cette intéressante entrée en matière fut interrompue par des importuns qui venaient solliciter Herwan. Jeanne-Maria en profita pour visiter les lieux. Au buffet, le champagne coulait à volonté et les petits fours étaient succulents. Les discussions allaient bon train, chacune et chacun des invités passant de l’un à l’autre avec aisance, comme si tous et toutes se connaissaient depuis toujours. Sans doute se connaissaient-ils depuis toujours, et Jeanne-Maria ne pouvait pas s’empêcher de se sentir un peu déplacée dans cette ambiance si agréable, si convenable.

On annonça le discours du président. Herwan, très à l’aise, rappela les motifs de l’organisation de la soirée, confirma ce qu’il avait déjà dit à Jeanne-Maria.
- Ce prix que nous sommes fiers de recevoir, conclut-il, c’est certes une aide financière mais avant tout pour nous une reconnaissance publique. Cela nous donne beaucoup d’énergie et nous apporte la conviction que les Français sont sensibles à la préservation de leur patrimoine.

La soirée s’avançait, l’assistance commençait à se clairsemer, l’heure du dernier RER allait arriver. Jeanne-Maria avait recroisé deux ou trois fois Herwan, mais il était toujours très entouré. Ils avaient échangés quelques propos anodins, et de toute façon elle ne voyait pas comment elle pourrait lancer la conversation sur le sujet qui la préoccupait. Elle commençait à regretter d’être venue, quand le téléphone portable qu’elle avait exceptionnellement amené, au cas où, sonna. C’était Laba qui l’appelait. Elle sortit dans le jardin pour répondre
- Les flics vont investir le Rond-Point. Oui, maintenant ! Oui c’est de source sûre, une fuite de la Mairie de Saintreuil !
- J’arrive tout de suite, répondit-elle.
Elle revint vers le château, se précipitait vers le vestiaire quand elle se trouva nez à nez avec Herwan.
- Qu’est-ce que tu as ? dit-il. Tu as l’air affolée...
- Je pars, répondit-elle. Elle se retint d’ajouter : les flics vont attaquer, alors je pars !
- Je n’allais pas tarder, moi aussi, dit Herwan. Si tu veux, je te ramène. La soirée est terminée, de toute façon. Attends-moi ici, je reviens.
- D’accord, dit-elle. Je n’ai pas le choix, pensa-t-elle.