Déluges, 23ème épisode : L’annonce de la crue

, par adorde

Herwan n’avait pas menti. Les militants antinucléaires de la Coordination pour l’Arrêt du Totalitarisme Atomique, qui avaient fait leur enquête de leur côté, le confirmèrent : le projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Mézidon n’en était qu’aux prémisses, à la phase d’exploration. Alors, que fallait-il faire maintenant ? Mettre toute de suite la chose sur la place publique, pour tenter de provoquer un scandale et obtenir l’arrêt du projet, et dans la foulée celui de stockage du CO2, semblait l’option la meilleure. D’autre part, après l’intervention des flics, fallait-il réoccuper le Rond Point Libéré, ce qui allait sans doute nécessiter un soutien élargi ? L’avis des CATA sur toutes ces questions se révélait indispensable. Une nouvelle réunion physique étant difficile à organiser, une consultation sur la toile fut la solution proposée. Il en ressortit que oui, le Rond Point Libéré devait être réoccupé au plus vite, qu’un appel national allait être lancé en ce sens, et que oui, le projet d’enfouissement de déchets nucléaires devait être révélé au grand jour, car la nouvelle allait de tout façon filtrer à un moment ou à un autre, autant que ça soit les CATA qui l’annonce. Ce qui fut fait, l’unanimité des CATA en ayant décidé ainsi.

Comme il fallait s’y attendre, cette révélation provoqua comme une traînée de poudre dans les médias, d’abord sur Internet, puis dans les journaux, radios et télévisions : sous la décharge de Mézidon-Trognon, en Seine-et-Marne, un projet de séquestration de CO2 en cache un autre, celui d’y enfouir des déchets radioactifs ! Face aux difficultés pour parvenir à mettre en œuvre le site de Bure, c’est la solution que préparait l’ANDRA, dans le plus grand secret. Mais celui-ci avait été éventé par les activistes de la commune Seine-et-Marnoise de Saintreuil, dont le mouvement dont ils étaient les initiateurs, la CATA, faisait désormais la une. Jeanne-Maria et ses camarades étaient sollicités de partout. La France entière, l’Europe même, découvrait ces militants atypiques et plutôt sympathiques. De nouvelles CATA se créaient chaque jour,. La réoccupation du RPL, comme on le désignait désormais, fut un succès, et nulle présence policière, ni nationale ni locale, ne se manifesta ce jour-là, pas plus que les jours qui suivirent.

Herwan Messager, le responsable du projet Mézidon, était sommé de s’expliquer, ce qu’il faisait en compagnie des responsables de l’ANDRA. Au bout de quelques jours où les déclarations contradictoires se succédèrent, un communiqué du ministère de la Transition Ecologique et Solidaire annonça que le projet de l’ANDRA à Mezidon-Trognon était définitivement abandonné mais qu’en revanche, celui de stockage du CO2 irait à son terme, et dans les plus brefs délais. Une semi-victoire pour les CATA, et la nécessité de s’organiser d’autant plus.

« Comme on a pu le constater ces derniers jours, une zone de basse pression atmosphérique s’est installée sur la région parisienne, mais aussi sur la Champagne et la Bourgogne, à l’amont du bassin versant de la Seine et de ses affluents. Les pluies persistantes qui se poursuivent depuis plusieurs jours sur le plateau de Langres et le Morvan font craindre à nouveau une importante crue de la Seine ». C’est ce qu’annonça un de ces matins-là le bulletin météo. Ce bulletin rappelait que la dernière crue significative de la Seine, celle de 2016, avait défié tous les pronostics. Alors que les crues précédentes avaient toujours eut lieu à l’occasion d’un hiver rigoureux, les sols gelés en amont de Paris ne pouvant plus absorber les pluies abondantes et continues, en 2016 au contraire, l’hiver avait été exceptionnellement doux, comme cela est de plus en plus fréquent. Pourtant, les pluies importantes de la fin de l’hiver et du printemps avaient été suffisantes pour engendrer une crue atteignant un pic de 6 mètres 10 au pont d’Austerlitz et provoquer des dégâts importants en amont et en aval de Paris. Cette fois-ci, ça pourrait être pire, confirma le bulletin météo.