Editorial LGO n°-2

, par Pala

La gueule ouverte N°-2. Editorial.

Depuis les différentes révélations des religions monothéistes, nous savons l’importance donnée à la Loi et à ses tables. Avec les révolutions politiques modernes, nous avons pu découvrir l’importance de la Constitution définissant le contrat social des Etats-Nations, comme les Etats-Unis et la France, copiés par nombre de pays. Avec le temps, nous
avons pu mesurer la relativité de ces lois plus ou moins fondamentales. L’élaboration de la loi alimentation et agriculture donne l’exemple d’une
rare mascarade, prenant avec des Etats généraux l’allure d’un Grenelle de l’alimentation.
Un long article rend compte de ces EGA, de leur habile organisation, de l’espérance que, malgré tout, ils ont pu soulever chez certain.es, puis de
cette loi qui ne conserve à peu près rien de ses réussites, pour produire un texte sans contraintes, sans règles établies, s’en remettant à la bonne volonté des acteurs en présence dans leurs futures négociations contractuelles et commerciales.
Une loi voulant réguler la production et diffusion alimentaire en laissant faire les acteurs du marché dans leurs rapports de force pourtant tellement inégaux aujourd’hui. Une belle fidélité au capitalisme et à ses théories les plus éculées comme « la main invisible » et « les vices privés au service des vertus publiques ».
Une recension de l’ouvrage « le Ménage des champs » de Xavier Noulhianne, nous fait entendre comment l’Administration a contraint l’évolution agricole en France à coups de normes et de règlements.
Curieux, ce refus de réglementer aujourd’hui avec la loi sur l’alimentation, après 60 à 70 ans d’exercice de ce genre. Serions-nous entré.es dans une phase renouvelée d’hyper-libéralisme ? D’Hyper-
Marché ?
Un texte sur l’aide alimentaire nous fait entendre combien, dans un pays aussi développé que le nôtre, un problème majeur pour beaucoup de nos contemporains demeure l’accès à l’alimentation, pourtant défini comme une des obligations de l’Etat envers ses administrés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (ONU 1948). La nuance entre le droit théorique, virtuel et le droit réel.
Un entretien avec Pierre Bitoun, co-auteur du « Sacrifice des paysans » nous fait un large tour d’horizon, en profondeur aussi, de la décision et de la mise en place de la disparition de la paysannerie en France, depuis 70 ans, par l’administration avec la complicité d’une partie des paysans (la FNSEA), pour la remplacer par l’exploitation agricole (et de la nature) industrielle, spécialisée, hypermarchande (d’exportation) et chimique. Le paysan disparu, apparaît l’entrepreneur agricole, dont un des modèles était Xavier Beulin, ex fondateur et animateur de la société Avril et de Sofiprotéol (organisme de financement).
Un texte consacré aux reconversions professionnelles nous donne par contre une idée flatteuse des néo-paysans (30% des nouvelles installations) qui choisissent cette nouvelle vie par souci écologique et alimentaire dans une dynamique vertueuse d’agroécologie et de permaculture. Il est sans doute plus facile de commencer l’agriculture
sur la bonne voie que de changer de pratique pour un agriculteur déjà installé depuis longtemps.
Cela produit un aperçu conséquent de ce qui se passe sur notre territoire, avec des retours sur le passé et de l’actualité brûlante. Il est temps, alors, de faire un petit tour loin de chez nous. Mais ce lointain est aussi lié à nous, comme on va le voir.
Un texte sur l’accaparement des terres décrit d’assez près les réalités et processus en action dans la disparition des terres agricoles dans le Monde, remplacées ici ou là par du béton, de l’extractivisme ou volées par l’agriculture industrielle d’exportation à l’agriculture vivrière de proximité. Les externalités négatives sont en cause, comme l’exploitation des pays dits en voie de développement, qu’on devrait plutôt qualifier de « pauvres », et de leurs habitant.es. L’Afrique reste historiquement et de manière privilégiée le continent vampirisé par les pays européens et la Chine surtout. Leurs terres agricoles nous servent
ainsi de mines pour divers métaux précieux, jusqu’à l’uranium, tandis que nous leur renvoyons nos déchets de produits manufacturés à recycler.
Un autre nous rassure un peu quand il nous fait découvrir une association comme Via Campesina, forte de plus de 200 millions de paysans répartis dans le Monde. Que fait donc cette organisation, l’une des plus importantes au monde, pour sauver les terres agricoles et empêcher leur accaparement par les spéculateurs et les industriels de toute sorte ? Comment et de quoi vit-elle ? Quel est son coefficient de résistance à l’industrialisation, sachant que 70% de l’agriculture dans le monde est encore « paysanne », selon le terme mis en avant par la Confédération Paysanne, représentante française de/à Via Campesina ?
Suit un texte de Jean-Paul Lambert, l’un des deux anciens de LGO d’origine, qui nous gratifie d’un second volet de la « désargence », suite à son entretien dans le n°-1. Il y déploie un argumentaire intéressant autour de la difficulté à promouvoir l’agriculture biologique et son rayonnement, pourtant ô combien souhaitable/souhaité (30% de la demande en France est satisfaite par des importations). De quoi réfléchir à deux fois, et plus si affinités, à cette éventuelle disparition de l’argent, père de tous nos maux.
Vient ensuite un texte théorique consacré à la disparition d’une opposition radicale dans le paysage politique (pas politicien) français. Le
propos est osé, qui explique que cette disparition, loin d’être une conséquence du TINA (There Is No Alternative) et de la domination du productivisme capitaliste, en est plutôt une cause, pour finir. On peut s’interroger sur ce point de vue très radical, oubliant semble-t-il décroissance et écologie sociale et puis les luttes territoriales fragmentaires anti-GPII (Grands Projets Inutiles et Imposés). Mais
ces luttes sont parcellaires, il est vrai, ou encore mineures.
Nous passons à un texte faisant le point récapitulatif de l’évolution récente de la zad de NDDL depuis l’abandon de l’aéroport décidé par le gouvernement le 17 janvier 2018. Grosses dissensions, gros malaise chez tous les acteurs du combat antiaéroport, depuis l’Acipa jusqu’aux zadistes, de l’Est à l’Ouest. Et justement, si l’Acipa (association historique d’opposition) se saborde finalement le 30 juin, on peut dire qu’à l’Ouest vient du nouveau.
Le texte analyse tenants et aboutissants de cette nouvelle tactique, celle de répondre positivement à l’injonction étatique des fiches individuelles
tout en les transformant en rhizome, en réseau d’interdépendances entre les différents projets agricoles. Le résultat est patent. 15 conventions d’occupation précaire sont obtenues et le calme revenu sur la zad, après le déluge de fer, de feu et de sang d’avril et mai. Si la stratégie est de gagner du temps, c’est fait. Affaire à suivre de près. Nous y reviendrons dans le n°-3.
Enfin, le second épisode du feuilleton de science-fiction « Déluges », qui nous emmène à Monaco.
Mais pas comme une huître accrochée au rocher...
Et c’est un hommage, pour conclure, à notre ami Jean-Pierre, disparu il y a un an. Militant infatigable des luttes syndicales et écologistes, il venait de rejoindre la rédaction du journal avec l’idée de lancer une série de brèves lorsqu’il fut croqué par un « crabe » fulgurant et dévorant... Sa disparition nous a laissé.es orphelin.es de lui et de son talent.
Un livre à lui consacré verra peut-être le jour un jour prochain.

Patrick Laroche