El trio y el ciclon, du Trio Matamoros, ou l’humour catastrophiste

, par adorde

El trio y el ciclon, du Trio Matamoros, chanson de 1931, est un bon exemple d’humour cubain face à une catastrophe naturelle : un cyclone, baptisé San Zenón, qui a ravagé en 1930 la République Dominicaine, dont le nom est Quisqueya dans la langue des Taïnos, le peuple originel de l’île. La chanson a été écrite lors d’une tournée du trio dans ce pays, et ironise sur l’hypothétique mort dans cette catastrophe des membres du trio.

Le trio Matamoros a été créé en 1925 par Miguel Matamoros, chant et guitare solo, avec Rafael Cueto, tres (guitare rythmique) et troisième voix, et Ciro Rodriguez, maracas et voix seconde. Dès les origines, les deux pôles de l’œuvre du trio Matamoros sont fixés, alternant entre le Son et le Boléro. Le Son est un genre musical né dans la région de Santiago de Cuba, mêlant rythmes nègres et formes textuelles d’origine espagnole. Il sert de base à de nombreuses danses cubaines. Le Boléro, qui est né lui aussi à Cuba, possède de lointaines origines espagnoles. Si la plupart des styles cubains sont des musiques à danser, le Boléro est une chanson souvent triste et rêveuse. Le Bolero émeut, mais associé au Son qui fait danser, il donne le Boléro-Son, avec une partie lyrique suivie d’une autre plus rythmée.
La musique du Trio Matamoros est basée sur le duo de guitares au sein duquel Rafael assure la basse tandis que Miguel joue en arpèges. Une riche polyrythmie ressort de ce duo. Une part du succès du trio est due aussi à l’agencement des voix : la voix vibrante, aiguë et nasale de Miguel et la voix grave de Ciro produisent de grandes richesses harmoniques. Le Trio forge ainsi un style qui va s’imposer comme un de plus importants de la musique cubaine. Enfin, un des grands apports de Miguel Matamoros à la musique populaire cubaine fut la narration d’événements réels, de véritables histoires en vers.

Le cyclone San Zenón de 1930 fit, selon les sources, entre 4.000 et 8.000 morts et entre 15.000 et 20.000 blessés, rien qu’en République Dominicaine. En comparaison, les quelques dizaines de morts officiellement recensés au passage de l’ouragan Irma des Caraïbes aux USA pourraient nous rendre optimistes. Il est vrai que cyclones, typhons et ouragans ont provoqué dans la dernière période globalement moins de victimes que dans les décennies précédentes (rappelons cependant les 10.000 morts du Typhon Haiyan aux Philippines en 2013, les 140.000 du cyclone Nargis en Birmanie en 2008, les 2.000 de l’ouragan Katrina en 2005).
Le problème n’est pas tant le nombre de morts (certes à déplorer) mais la fréquence et l’intensité de ces phénomènes, dont le nombre a doublé en 100 ans, et qui provoquent à chaque fois un nombre toujours important de blessés et d’importants dégâts matériels qui rendent les régions qu’ils dévastent de plus en plus inhabitables. Selon le Giec, le réchauffement climatique dans les régions sensibles comme l’Atlantique Nord serait bien responsable de cette augmentation de la fréquence des ouragans, et ça ne peut qu’empirer.

Texte et traduction :

En una tarde de inquietud Quisqueya
en une soirée d’inquiétude Quisqueya
viose de pronto de pavor sumida
se vit brusquement soumise à la peur
reinaba allí la lluvia, la centella
la pluie régnait là, la foudre
y la mar por doquiera embravecida
et la mer partout en furie

Horas después quizo la aciaga suerte
des heures après la malchance a voulu
sólo dejar desolación, gemidos
laisser seulement désolation et gémissements
El imperio macabro de la muerte
L’empire macabre de la mort
sobre el pueblo entero destruido
sur le peuple entièrement détruit

Cada vez que me acuerdo del ciclón
se me enferma el corazón (ter)
Chaque fois que je me rappelle du cyclone
ça me rend le cœur malade

Ay, espiritistas inciertos
que muchos hay por allá (bis)
Ay, des devins incertains
comme il y en a beaucoup par là
porfiaban con terquedad
affirmèrent avec entêtement
que los del trío habían muerto
que ceux du Trio étaient morts

Cada vez que me acuerdo del ciclón
se me enferma el corazón (ter)
Chaque fois que je me rappelle du cyclone
ça me rend le cœur malade

Ay, esto fue lo más sabroso
que el trío en un aeroplano (bis)
Ay, cela fut le plus savoureux
que le Trio dans un aéroplane
volviera al suelo cubano
revienne sur le sol cubain
para seguir venturoso
pour continuer à vivre heureux

Cada vez que me acuerdo del ciclón
se me enferma el corazón (ter)
Chaque fois que je me rappelle du cyclone
ça me rend le cœur malade

Ay, aquí termina la historia
del tan tremendo ciclón (bis)
Ay, ici s’achève l’histoire
du si terrible cyclone
los muertos van a la Gloria
les morts vont à la Gloire*
y los vivos a bailar el Son
et les vivants vont danser le Son

* De Dieu, évidemment