"Fukushima Paradise", il y a cinq ans. Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain...

, par Pala

Kashima Paradise,
de Yann Le Masson. Coréalisé avec Bénie Deswarte, 1973, 16 mm, 106 min 26
Enquête au scalpel sur la société japonaise, mais aussi grand film d’action, Kashima Paradise est un monument du cinéma direct.

« Caméraman d’exception et par ailleurs marinier, Yann Le Masson est une légende du cinéma direct dont chaque film balisa l’histoire du geste documentaire. Coréalisé avec Bénie Deswarte, Kashima Paradise (1973) est son chef-d’œuvre. Radiographie radicale du capitalisme nippon et véritable vivisection du pays, la violence spectaculaire des scènes finales, mettant aux prises à Narita forces de l’ordre et paysans opposés à la construction d’un aéroport, lui valut d’être comparé aux plus grands maîtres du septième art : Eisenstein, Fellini, Kurosawa. Arrimé à l’Histoire immédiate, témoignant de la fureur du monde, Yann Le Masson reste paradoxalement un très grand cinéaste de l’intime, filmant la perte, la maladie d’un proche ou l’émotion de la naissance avec une dignité bouleversante comme autant d’expériences personnelles rattachant chacun à l’universalité. »
Patrick Leboutte

En mémoire de ce film étonnant, nous appelons notre article "Fukushima Paradise"...

Vendredi 11 mars 2016, place de la République, à Paris, en France.

Vers 18h, le jour commence à tomber sérieusement quand des sons singuliers m’attirent vers la Place de la République. En fait, je crois savoir qu’il s’y passe quelque chose comme une commémoration, pour le cinquième anniversaire de l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon. A 10000 km de là, environ.
Une triple catastrophe secoue alors le département et la ville de Fukushima, un séisme très fort, de niveau 9, un tsunami gigantesque, affichant des vagues de 25 à 40 mètres de haut et, pour finir, mais dans le prolongement "naturel", un accident nucléaire au coeur de la centrale de Fukushima Daïchi, proche de la ville... et située en bord de mer de l’Océan Pacifique. La centrale inondée, mais aussi secouée par le tremblement de terre, a perdu son système de refroidissement et les 3 réacteurs sont en fusion, l’un après l’autre.
Dès la nouvelle de l’accident, Tepco, la société privée qui gère la plupart des centrales nucléaires japonaises, ment. Dans la lignée, le Ministère et le Gouvernement mentent aussi. Par la suite, il y aura des moments, brefs, de rémission, mais très vite, et durablement, ce qui prévaudra et sera l’ordinaire est le mensonge.

Différents documents le racontent et le montrent assez bien. Il sera bon de commencer par lire un ouvrage court de Nadine et Thierry Ribault "Les sanctuaires de l’abîme. Chronique du désastre de Fukushima", publié en 2012 aux Editions de l’Encyclopédie des nuisances.

Nous y reviendrons une prochaine fois, tant cet ouvrage est à la fois clair et extrêmement puissant, à travers un récit parallèle des événements et de leur communication. Son travail est essentiellement la mise en regard des interrogations et des gestes de certain(e)s japonais(e)s habitant sur place ou venant d’ailleurs pour informer et aider celles et ceux qui vivent là et ont à choisir de rester ou partir, d’un côté et de l’autre, les élaborations et communications mensongères des un(e)s et des autres, surtout, des responsables de Tepco, du gouvernement mais aussi de différents techniciens et experts, professeurs d’université ou consultants internationaux en matière d’énergie nucléaire et de radiations. Une opposition simplement narrative entre celles et ceux qui doivent vivre avec la radioactivité et poursuivre leur vie tant mal que bien et celles et ceux qui croient être à l’abri, à Tokyo ou ailleurs, et servent la soupe mensongère des pouvoirs établis pour dire "Dormez bien, bonnes gens. Tout va bien. Nous assurons la tranquillité publique...". Et c’est pourtant ce qu’ils sont incapables de faire parce qu’ignorants et incapables aussi de le reconnaitre. Et les voilà menteurs, durablement.

Cinq ans après, nous rencontrons donc, place de la République, à Paris, Yuki Takahata, une journaliste et traductrice, responsable de "Sortir du Nucléaire Paris/Ile de France", association qui lutte pour l’arrêt immédiat du nucléaire en France et pour que la mémoire des catastrophes de Tchernobyl et Fukushima ne s’éteigne pas et dure, pourquoi pas ? autant que la radioactivité elle-même.

On trouvera ici trace de l’entretien rapide que nous avons eu avec elle, en son. Nous tenons à diffuser le son de cet entretien car il importe, dans notre média comme dans la vie, que nous puissions entendre des voix, voix des sans-voix, le plus souvent. Aussi bien, il apparait, lorsque nous cherchons à nous informer, que l’information que nous recueillons est un fait déjà considérable, bien entendu, mais lorsqu’en plus, nous pouvons entendre ou voir quelque chose de nos sources d’information, il apparait alors que l’information est aussi du vivant. Et cette rencontre est forte que celle du vivant en train de s’exprimer. Bien-sûr, le contexte compte aussi beaucoup et nous y travaillons ici en profondeur. Rien à voir avec la télévision, ni publique ni privée, ni en continu...

Nous essayons de faire entendre, voir, ressentir, une rencontre avec une personne concernée et informée qui nous communique, directement, l’information que nous lui demandons. Un petit miracle...

Plus d’infos :
http://www.sortirdunucleaire75.org/actions/2016/2016_actions.html#Conférence
http://sortirdunucleaire.org/5-ans-plus-tard-la-catastrophe-de-Fukushima
http://paris.demosphere.eu/rv/45219
Collectif contre l’ordre atomique - contre-lordre-atomique@riseup.net

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