L’avenir de la zad de Notre Dame des Landes - 1er mouvement

, par Pala

Le rapport de médiation sur le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes a été rendu au premier ministre le 13 décembre 2017. Nous avons déjà publié un premier commentaire à chaud quant à cet événement important. Nous avons surtout publié le lien sur le rapport lui-même, permettant à chacun.e d’en prendre connaissance par soi-même.
En ce début d’année, nous commençons, aujourd’hui, une série d’entretiens de personnes impliquées depuis longtemps dans la lutte contre le projet d’aéroport et contre son monde. N’ayant pu rencontrer la délégation de la ZAD venue à Paris à cette occasion, nous avons décidé d’interroger plusieurs personnes individuellement, en respectant la diversité des points de vues exprimés et vécus sur la zad, relativement à la variété des situations, des expériences et des cultures. C’est donc un chant, autant qu’un champ polyphonique de la zad que nous proposons. Nous espérons avoir le temps de faire un large tour d’horizon des cas de figure en présence d’ici à la décision politique qui sera prise par le gouvernement dans le courant de ce mois de janvier, tel que cela a été annoncé.
Nous savons, d’ores et déjà, que la décision sur l’aéroport est vraiment en question, voire déjà jugée (vers l’abandon) mais nous savons aussi, avec insistance, tant cela a été répété, que "quelle que soit le décision, la Zad sera évacuée". C’est donc ce qu’il reste à voir, sur le terrain et partout ailleurs, dans l’opinion publique. Qui veut vraiment que la zad soit évacuée ? La question est si importante, étant donné ce qui s’y passe depuis des années, avec la construction d’un monde différent, que nous inaugurons avec ce texte, une série mettant en oeuvre tout ce qui pourrait définir un autre rapport à l’Etat, à la propriété, à l’exercice de ladite démocratie. La question est aujourd’hui de se représenter, dans des termes concrets et imaginaires à la fois, ce que nous risquons de perdre dans les semaines qui viennent. Ainsi, chacun.e saura quelle responsabilité lui incombe quant à cette menace de disparition. Un aspect primordial de la biodiversité de l’écologie sociale. Dans cette attente, bonne lecture.
Quoiqu’il en soit, n’oublions pas le rendez-vous, historique, fixé par les opposants au projet d’aéroport, le 10 février prochain sur la zad, le jour de la fin de la validité (10 ans) de la Déclaration d’Utilité Publique (DUP). Nous reviendrons prochainement sur la question.


ITV Geneviève Coiffard – l’avenir de la zad NDDL. Geneviève Coiffard est la responsable de la dimension GPII (Grands Projets Inutiles et Imposés) au sein de la Coordination du mouvement. Cet entretien a été réalisé le 12 décembre 2017 au soir.

GC- La conférence de presse a été consacrée, très peu, à la Vague bleue du matin, mais surtout à la manière dont les différentes organisations organisatrices voyaient la question de la problématique finance-climat. Mais, ce qui avait été prévu avec elles et qu’elles ont dit d’entrée de jeu, c’est qu’en plus des organisations qui avaient préparé l’action, une délégation de Notre Dame des Landes était venue et donc, s’ils le voulaient, les journalistes pourraient nous poser des questions après. Alors, il y avait un bazar énorme, on était dans un café bondé, donc le positionnement a été assez anarchique, et, en fait, on nous a intégré dans le tour de parole des différentes organisations, ce qui n’était pas très cohérent. Ce n’est pas forcément la cohérence que les journalistes cherchent quand ils sont à l’affut d’informations. En fait, ce qui a été expliqué par les copains de la zad, ça tient à un mec qui s’est arrogé la direction des opérations, c’est lui qui passait le micro et les autres journalistes laissaient faire, c’était un peu curieux. Pour ce qui est de la zad, nous avons expliqué qu’effectivement il y avait les deux choses, d’une part le rendu du rapport des experts, et de l’autre l’annonce d’une décision politique du gouvernement, que nous étions dans une phase de préparation de l’avenir, qu’on était venu au nom de l’ensemble du mouvement à Paris, pour présenter, y compris avant les annonces diverses et variées, quelle était notre vision de l’avenir de la zad.
Très brièvement, au niveau des enjeux climatiques, ce serait complètement paradoxal, complètement idiot, avec tout ce qu’on sait maintenant, tout ce qui a été prouvé, démontré, de faire le projet d’aéroport de NDDL, à cause de la perte de terres agricoles, de la biodiversité, d’une zone humide essentielle puisqu’elle commande deux bassins versants, l’un vers la Vilaine, l’autre vers la Loire - ce n’est quand même pas rien en France. La promotion tous azimuts du transport aérien et son développement incessant, tout ça nous paraissait contradictoire avec ce qu’il faut faire au niveau du climat, rapport à la notion de grand projet inutile et imposé. Et puis un troisième point non encore déployé, a été que la manière de vivre et de construire la zad depuis 10 ans mais surtout depuis 5 ans, depuis 2012, cette manière de vivre, de construire des alternatives, elle allait dans le bon sens. Au niveau du travail sur les économies d’énergies liées à l’habitat, sur les productions, les éoliennes, etc, lieu de vie par lieu de vie, dans la protection de l’eau, etc.
D’une part, il y a la catastrophe que serait la construction de l’aéroport, d’autre part, c’est ce qui fait la spécificité de la lutte à NDDL, d’autre part et en plus, il y a toute cette construction alternative. Et les Naturalistes ont beaucoup insisté sur le fait que préserver le bocage, préserver la nature, c’était pas faire un parc fermé en virant les habitants, que c’était justement les laisser développer des expériences, une agriculture paysanne, et l’innovation sociale, la solidarité, les circuits non marchands, l’alimentation à prix libre, le soutien aux luttes à Nantes, que c’est surtout pas désertifier pour prétendument préserver le bocage, que ce serait muséifier, que ce serait exactement le contraire de ce qu’il faut faire maintenant. Là on a un territoire d’expériences et on est en train de construire et ça, on ne dira jamais assez combien c’est important, c’est que l’avenir qu’on est en train de travailler et de dessiner en ce moment, il implique toutes les composantes. Il n’y a pas la zad d’un côté et puis les paysans historiques de l’autre, le Copain, les naturalistes, les associatifs, etc. Il y a vraiment la construction d’un projet commun et donc c’est ça que nous avons dit à la médiation. Ce qui était important, c’était de dire oui, il y a un projet, oui on le construit, oui il est crédible, voilà.


PL- Effectivement, il y a cette construction d’une société différente, autour d’un être humain plus en harmonie avec la nature, sachant qu’il est par nature et par culture au milieu depuis des milliers d’années. Est-ce qu’on pourrait dire que ce qui se travaille sur la zad, en concertation avec les paysans traditionnels de l’Acipa, avec les zadistes, avec le Copain... ça construit aussi, en fait, une hypothèse de résilience rapport à ce dont on sait, maintenant, que ça va venir, le fameux effondrement ?

GC- C’est pas que rapport à la nature. Oui, il y a une vision de présence humaine, d’un habitat humain dans le bocage, partagé avec les bois, les haies, les animaux, les tritons, les bêtes d’élevage. Oui, il y a une vision où, quand on parle de prendre soin du bocage, c’est pas seulement de prendre soin des prairies ou des herbes, mais c’est prendre soin de ce territoire et de ses habitants. La vision est beaucoup plus que seulement naturaliste. Après, nous n’avons pas de prétention à l’exemplarité. On ne dit pas qu’on construit les conditions d’une résilience, ou que c’est à partir des expériences qu’on vit ici qu’il va y avoir des rebonds. C’est comme ça qu’on voit les choses. Je ne sais pas si ça répond à ta question.

PL- Oui, je comprends bien que dans votre tête et votre pratique, vous ne construisez pas un modèle.

GC- Modèle... oui, quand tu vois, l’extraordinaire diversité, plus ça va, sur la zad, plus c’est foisonnant. Frapadingue, par certains côtés. Il y a eu des défis énormes. Cette construction du hangar de l’avenir, l’année dernière, alors qu’on attendait les flics tous les matins. Un chef d’oeuvre de hangar fait à la main par des charpentiers traditionnels et qu’on l’installe et qu’on dise, c’est le hangar de l’avenir. Une logique économique et même un peu prudente, de gens qui respectent le boulot, aurait dit Non ! Il faut pas le mettre là, c’est trop risqué. Il y a des paris sur l’avenir, des paris qui sont très contrôlés, très discutés, très élaborés. Ça foisonne, on a l’impression que ça part dans tous les sens et c’est pas vrai. Il y a un nouveau terrain de discussion sur les projets agricoles, par exemple, qui sont discutés en commun. Il y a des gens qui ont des projets de moutons, d’autres de blé noir et de galettes au bout du bout. Rapport aux terres qui ont été reprises à AGO-Vinci, il y a des discussion pour savoir que telle parcelle va plutôt convenir à tel projet, etc. Ç’a l’air de partir dans tous les sens et c’est pas vrai.

PL- Oui, ce n’est pas un système centralisé comme le capitalisme, mais c’est quand même un écosystème.

GC- Si tu veux, il y a des gens qui ont une vision ou des pratiques, avec des moments de leur vie qui ont été marqués par l’anarchisme. Il y a tous les cas de figure. Et, effectivement, l’idée générale, c’est pas la caporalisation. C’est plutôt l’autonomie. Tu sais qu’il y a des centaines d’acronymes zad qui ont été proposés et celui, finalement, qui a fait le plus fortune, c’est celui de « zone d’autonomie définitive ». Alors qu’il y en eu des tas, « zone d’amour définitive », aussi et d’autres. Il y en eu des dizaines, des centaines, jusqu’à 2 ou 300, je crois. C’était un véritable concours, mais rigolo, pas dans la concurrence, dans l’émulation, pour dire qu’est-ce que ça pourrait vouloir dire. Celui qui est le plus dans la tête des gens, c’est celui-là. Et les choses qui sont gardées, je crois qu’elles sont signifiantes, à un moment donné.

PL- Oui, l’autonomie est aujourd’hui une des questions essentielles du moment. C’est pourquoi je t’ai lancée sur l’hypothèse de l’effondrement. Dans la société contemporaine, la plupart des gens sont tellement dépendants, des approvisionnements, par exemple, plus ou moins réglementés, justement, puisqu’on va recevoir, si tout se passe mal, de la viande nourrie aux OGM et aux antibiotiques. Oui, c’est bien ce qui s’observe sur la zad, c’est que tout le monde fait cette expérience d’une recherche d’autonomie, d’être à la fois quelqu’un qui parle, qui réfléchit et discute avec ses voisins, mais aussi met la main à la pâte pour fabriquer ce qu’il est en mesure de consommer, ensuite. Et ça, je crois que c’est aussi un de vos apports essentiels.

GC- L’autarcie alimentaire, ce n’est pas l’objectif de la zad.

PL- Je n’ai pas prononcé le mot, intentionnellement.

GC- Je le précise, parce qu’il y a des gens qui ont cette vision là. C’est beaucoup plus la volonté de construction d’une solidarité qu’une volonté d’autarcie. Idéologiquement, c’est complètement aux antipodes l’un de l’autre. L’autarcie peut être complètement crispée sur elle-même alors que s’organiser pour produire pour soi et pour les autres, en distribuant dans des circuits non marchands, c’est tout-fait autre chose.

PL- Tout-à-fait. Je comprends bien qu’il s’agit de maintenir des échanges, plutôt non-commerciaux.

GC- Voilà, c’est ça. C’est pas yuppie, yuppie, on est autonomes en farine, ça compte aussi. Mais, oui, on produit ça et autre chose et on peut partager.

PL- Oui, effectivement, c’est même ça qui est particulièrement singulier sur la zad, pour autant que j’ai pu m’en rendre compte, c’est que outre que ça construit un rapport équilibré entre nature et humanité, entre humains et non-humains, ça travaille aussi les relations entre humains. Pour les reconstruire sur un mode différent de celui qui nous est imposé au quotidien.

GC- On change de monde et qu’est-ce que ça fait du bien, de voir des lieux, de vivre et de partager des choses dans des lieux où c’est pas la concurrence et le profit qui sont déterminants. Ça change tout, ça change tout.

PL- Je l’ai même dit dans un article, chaque fois qu’on y passe, on en ressort mieux qu’on était avant d’y entrer. On y trouve toujours une nourriture. Depuis 8 ans que j’y vais, ça me fait le même effet. Est-ce qu’on peut entrer, juste à travers une question, dans le détail, parce que je n’ai pu y aller depuis cet été et je n’ai pas tout vu, entendu. Pour la construction de ce qui se passerait, dans l’hypothèse heureuse où le projet d’aéroport serait abandonné, que deviennent les terres, qui sont aujourd’hui en suspens ? Est-ce qu’il s’agit de faire un projet ressemblant à celui du Larzac, comment vous avez projeté, si tu peux le dire ?

GC- Par rapport au Larzac, par exemple, le foncier sur la zad est beaucoup plus complexe, parce qu’en quelques 40 années et plus, il s’est créé des situations diverses. Il y avait des personnes qui étaient propriétaires, d’autres qui étaient locataires. En gros, sur la zad, il y a 400 ha de ce qu’on pourrait appeler des communs, des forêts, des chemins, des haies, des fossés. Ce genre de choses dont l’usage est infiniment partagé. Les paysans historiques qui ont refusé l’expropriation, ça représente 450 ha. Alors eux, ils continuent à les cultiver, sans bail, sans rien. S’ils étaient propriétaires, ils ne le sont plus, s’ils étaient locataires, ils n’ont plus de bail. Ils sont dans une précarité absolue. Mais, en fait, ils continuent à être paysans sur les terres qu’ils avaient avant, de refuser l’expropriation. IL y a 800 ha de terres qui ont été vendues au CG ou à AGO, à l’amiable, par des gens. Soit qu’ils étaient près de la retraite ou bien certains vendaient un petit bout, parce que ça ne les impactait pas trop grandement. Voilà, donc, des cas de figure variés. Il y a des gens qui ont vendu à AGO, et en vendant, ils ont touché de l’argent, et des compensations en terre. Ce qui n’est pas illogique, je ne m’indigne pas là-dessus. Mais ce qui est quand même un peu plus étonnant, c’est que, comme l’aéroport ne se faisait pas, en plus des terres qu’ils avaient acquises à l’extérieur, AGO leur a rendu en baux précaires les terres qu’ils avaient vendues, dont certains voudraient bien les garder. C’est-à-dire, ils ont vendu : tu vends une maison, tu touches le fric et puis 10 ans après, tu reviens et tu dis c’est à moi.

PL- Ils sont fermiers d’AGO, en quelque sorte...

GC- Non, parce que la redistribution se fait par la Chambre d’agriculture. On est dans des situations merdiques de partout, si tu veux. Et donc, le mouvement est formel, dans les 6 points que tu dois connaître, qui ont plus de 3 ans d’existence maintenant. Les principes pour l’avenir de l’aéroport.
Ça a été : les paysans historiques, qui ont mené la lutte jusqu’au bout, retrouvent la totalité de leurs droits. Les habitants récents, qui sont venus défendre ce territoire et se projettent dans l’avenir, ont le droit d’y rester, et, de toute façon, ceux qui ont vendu, à l’amiable à AGO, il n’est pas question qu’ils retrouvent leurs terres, ou que ces terres aillent à l’agrandissement. A l’heure actuelle, c’est très fréquent qu’il y ait des départs en retraites, que des terres aillent non pas à l’installation de jeunes mais à l’agrandissement de terres autour. Alors, les 850 ha que ça représentait, le mouvement s’en était réapproprié à peu près 220, en disant, face à la Chambre d’agriculture, on les prend, point barre. Pas en propriété, en usage. Comme il y en avait beaucoup qui étaient en friches, je ne vois pas pourquoi il serait illégitime de les prendre. Et donc, il va y avoir un enjeu pour que ces terres puissent servir à l’installation de projets, agricoles ou non-agricoles, légaux ou hors-normes. Quand on dit « légaux » ça veut dire des gens qui sont acceptés par la MSA. Si t’es cotisant à la MSA, ça veut dire que t’es paysan légal. C’est comme ça. Et il y en a dans des projets plus collectifs en général, qui n’ont pas cette affiliation à la MSA, laquelle signe le statut d’agriculteur. On veut que cette grande variété puisse continuer d’exister dans cette variété là. Avec des projets légaux ou hors normes et agricoles ou non-agricoles. Il y a la bibliothèque le talus, il y a une tannerie, de la mécanique, des projets qui sont utiles pour l’agriculture, mais qui ne sont pas directement agricoles. Nous voulons que les paysans historiques retrouvent leurs droits, à eux de voir, si après, ils veulent entrer dans la configuration collective ou pas ? Ça les regarde, ils retrouvent leurs droits. L’exigence du mouvement là-dessus est très très claire. Après, l’idée est d’obtenir la création d’une entité juridique pour l’usage des terres, la distribution des terres, et aussi l’usage des communs. Cette entité juridique, il lui faut du temps pour s’élaborer et se constituer, donc il faut aussi créer une entité de préfiguration, qui fonctionnerait tant que tout n’est pas bien cadré. C’est là-dessus que nous travaillons et il y a des précédents, par exemple la société civile des terres du Larzac, il y a eu un précédent aussi dans les marais salants de Guérande, dans les années 80. Evidemment ce n’est pas très fréquent, mais c’est possible d’obtenir la remise pour bonne gestion des terres et des communs à une entité à construire. Il y aussi un travail fait pour préparer une commission de résolution des conflits. Il y a ce qu’on appelle l’Assemblée des usages, qui, justement, travaille à cartographier les usages de la zad et à voir comment on peut faire les choses à peu près bien. L’Assemblée mensuelle qu’on appelle assemblée des mouvements, elle, est plus stratégique et l’Assemblée des usages, elle est vraiment sur la prise en charge des usages maintenant et la préparation d’une entité future. C’est pas loufoque, c’est travaillé, ça fait longtemps qu’on y travaille.

PL- C’est encore plus passionnant que de mettre fin au projet d’aéroport.

GC- C’est la seconde étape.


PL- Oui, comment détruire un mauvais projet puis comment construire un nouveau et bon projet.

GC- L’abandon, s’il est prononcé, va signer la fin d’une étape (qu’on pourra fêter) mais c’est vraiment tout de suite après la seconde étape qui, en fait, est commencée, déjà.

PL- Petit détail. De loin, on entend des échos selon lesquels ce serait compliqué ces derniers mois sur la zad, parce qu’il y a encore des nouveaux venus qui sont moins dans l’histoire. Mais à travers ce que tu dis, j’ai l’impression que, même si c’est exact, ça n’empêche pas que le projet d’ensemble (que tu viens d’exposer) progresse.

GC- Quand on voit la diversité des personnes, des cultures politiques, des références idéologiques, des histoires personnelles, il y a des gens qui sont arrivés sur la zad vraiment cassés par la vie. A voir la diversité de tous les nouveaux arrivants et celle des historiques, que ce soit des paysans, des voisins, les organisations de Copain, et dans la coordination, il y a des élus, des politiques. Quand tu vois l’extraordinaire diversité, effectivement, il y a une construction inimaginable au début, de liens qui se sont tissés de manière très concrète, par des échanges d’expériences, des travaux collectifs, etc. Donc il y a eu une création de liens et une volonté de vivre ensemble – c’était pas gagné au départ, de même que la résistance des zadistes et des paysans, voisins, soit à ce point comprise et soutenue par toute la population. Il s’est passé un début de rencontres, d’énergies, de volontés, de faire autrement, de pas laisser faire cette connerie, il s’est passé que ce mouvement s’est construit et plus ça a été et la mayonnaise s’est déployée. Ça veut pas dire que tout est rose mais ça veut dire que la volonté est là.

PL- Dernière question. 1e hypothèse : ils décident de poursuivre le projet. J’ai cru comprendre que vous avez discuté avec plusieurs organisations, notamment celles qui ont organisé la manif de ce matin, qu’est-ce qui se dit ? Quelle est l’attitude globale rapport à ce cas de figure ?

GC- Pour l’instant, on refuse toute espèce de conspiration. Le rendu du rapport, c’est quelque chose, mais rédigé de manière très habile, un coup à gauche un coup à droite. Ce rapport, de toute manière, il faudra qu’on prenne le temps de l’étudier. Il contiendra quantité de choses qu’on ne connait pas forcément, tous les pro-aéroport ont été largement entendus. Et ce rapport, il peut même nous apporter des éléments, donc il va falloir l’étudier. Après il y a la décision du gouvernement, cette décision-là elle sera complètement politique et elle ne sera absolument pas soumise (même s’ils font semblant) au contenu du rapport. Donc, nous, pour l’instant, on ne spécule sur rien, on n’a aucun moyen de savoir si ça va être oui, ça va être non ou encore tournicoter pur attendre on ne sait pas quoi. Donc, ce qu’ on demande aux organisations, c’est de nous manifester leur soutien, dans tous les cas de figure possibles, dès le soir de l’annonce. Et c’était de venir leur présenter le projet de la zad. Dans cette perspective, on demande le soutien et il nous le faudra dans tous les cas. On parlait de deuxième phase dans tout ce qui est fondamental dans cette expérience de la zad, pour pérenniser ça, il nous faudra arracher autant de soutiens que pour l’abandon de l’aéroport, parce que les enjeux sont tellement importants qu’il faudra, certainement, peser fort lourd. Voilà. On spécule pas est-ce qu’ils vont décider ça ou ça ? Ce sera politique, selon ce que Macron estimera de son meilleur intérêt à lui. Donc, nous, on taille notre route.

PL- Et alors, dans l’état actuel, les organisations sollicitées confirment leur soutien quel que sot le cas de figure ?

GC- C’est ce qu’on espère, oui, mais chacun le fera à sa manière. Ça pourra être avec une expression collective, ça pourra être chacun dans ses propres mots, parce qu’un syndicat ouvrier ne parlera pas de la même manière que la CGT Vinci, que le DAL, ou que les Amis de la Terre. Il pourra y avoir des expressions chacun.e à sa sauce, des expressions communes, mais de toute façon, on aura besoin, oui, d’une réaffirmation de soutien. Voilà ce que je peux dire.


les photos du rassemblement du 8 octobre 2016 "Que résonnent les chants de nos bâtons" sont de l’auteur de l’article.

Ici, le flyer d’information sur la journée du 8 octobre 2016, téléchargeable.

Ici, le rappel des 6 points fondamentaux pour l’avenir de la zad tels que réfléchis et discutés par la coordination du mouvement des opposants.

A suivre...