L’écologie sociale, avant tout.

, par Pala

Chacun des numéros de La Gueule ouverte, le retour présentera un dossier thématique développant un sujet sur quatre ou cinq articles afin d’en montrer différentes facettes tant chaque situation, en tant que « fait social total » est diverse, pouvant être observée sous plusieurs angles. Une dizaine de rubriques apparaitront également, mais pas toutes à la fois. Elles rendent compte de faits sociaux et physiques nous paraissant essentiels, c’est-à-dire existentiels.

L’écologie sociale, avant tout.
L’écologie sociale est le premier de ces dossiers. Murray Bookchin a d’abord été ouvrier et syndicaliste aux Etats-Unis, dans les années 1950. Lecteur attentif de Marx, il s’est aussi intéressé aux théoriciens anarchistes. C’est par là qu’il est devenu écologue amateur. Cherchant à proposer un renouveau de la pensée socialiste, loin du socialisme dit « réel » des pays dits « soviétiques », il s’est tourné vers l’écologie comme levier possible d’un anticapitalisme radical. Sa formation autodidacte et pragmatique l’a conduit à tenter une synthèse des expériences politiques émancipatrices dans l’histoire, depuis la République athénienne des VIe et Ve siècle avant J.-C. et les communes libres du Moyen Âge à la Révolution sociale espagnole des années 1936-1937, en passant par les sections parisiennes de la Révolution française et la Commune de Paris de 1871.
Il a publié un certain nombre de livres dont le plus fameux n’est toujours pas traduit en français. Mais quelques autres le sont. Sa compagne et meilleure disciple Janet Biehl a elle-même publié un ouvrage introductif « Le municipalisme libertaire », résumant la politique de l’écologie sociale. Son corpus doctrinal est l’un des plus complets et stimulants pour la pensée et la vie, aujourd’hui. Avec le communalisme, il a dessiné les lignes de force d’une possible réinvention de la démocratie intégrant la question de la taille avec la commune et l’horizontalité des pouvoirs dans un cadre fédéral. Il intègre la décroissance mais donne un sens politique réel à la relocalisation, à échelle humaine, au point de vue délibératif, décisif, administratif, productif et consommateur. Il intègre donc toutes les dimensions du vivant en société dans une fédération de collectivités autonomes et interdépendantes à la fois. Cette théorie intègre aussi l’écologie au coeur même du complexe socio-politico-économico-culturel. C’est sans doute une des pensées politiques les plus fortes et la plus à même de nous aider à sortir de l’économisme ayant produit capitalisme et productivisme. Une des plus à même de donner un cadre et une base à la fédération des diverses expériences alternatives en cours dans le monde, comme celle du Rojava, en Syrie et du Chiapas au Mexique, aussi bien qu’à Notre-Dame-des-Landes ou avec Nuit debout, plus près de nous.

Effondrement climatique et social.
Nous présentons dans ce numéro un texte proposant de revenir à une écologie sociale face à une insistance actuelle dominante de la question climatique suivi, comme en écho, d’une approche de l’écologie sociale comme réponse possiblement résiliente à l’effondrement qui vient, ainsi qu’un entretien avec un jeune historien de retour du Rojava, un des rares endroits du monde où se met en pratique une écologie sociale.
Chapeau ! l’Ecologie sociale... Comme lecteurs et lectrices pourront le constater, nous ne nous privons pas de publier des avis différenciés. Cela n’est pas l’effet d’un tropisme « ni droite ni gauche » macronien, mais plutôt le résultat d’une prise en compte de la multiplicité des observations à faire et des champs à moissonner pour dire à la fois la localité et la globalité des situations vécues dans cette société capitaliste -productiviste outrageusement dominante. La complexité du monde et de ses composantes culturelle, politique, sociale, économique et écologique, étroitement imbriquées les unes aux autres, et en constante interaction est telle (un « fait social total », aurait dit Marcel Mauss) qu’il est bon de l’aborder selon des points de vue sensiblement nuancés et décalés entre eux comme à l’égard de la doxa économiste productiviste. Nous affirmons que nous voulons être indépendant.es et pourtant nous sommes, de fait, interdépendant.es. Nous parlons encore à tout bout de champ d’émancipation, sans préciser de quoi, alors que cette ambition jaillie des Lumières, anglo-saxonne (XVIIe), française et germanique (XVIIIe) a, en partie, conduit à l’exploitation démesurée de notre territoire d’accueil, la planète Terre, avec la théorisation économique et la révolution industrielle. Puis Marx et Engels, Proudhon et Bakounine ont parlé d’émancipation des travailleurs au XIXe siècle. Et nous courons toujours après elle... Cette fois, il s’agit de s’émanciper de la culture et de la psyché productiviste et capitaliste qui nous enserrent la tête et tout le corps, individuel comme social.

Vers des écosystèmes sociaux.
Les deux textes qui suivent semblent donc se contredire. L’un insiste sur le devenir annoncé pour l’humanité de l’effondrement, l’autre signale un possible excès de considération à son égard au détriment d’autres considérations, sociales, notamment. Remarquons pourtant que l’un comme l’autre en appellent à l’écologie sociale comme éventuelle sortie de l’enclosure où nous nous sommes enfermés. Voilà en vérité une convergence, réelle, qui mérite attention et doit nous inciter à regarder du côté de l’écologie sociale avec sérieux et peut-être
espérance.

Patrick Laroche