LA CROISSANCE, POUR QUOI FAIRE ?

LA CROISSANCE, POUR QUOI FAIRE ?

Quand se tairont les éditorialistes perroquets qui répètent en boucle : « Croissance, il faut de la croissance ! ’ ? Qu’ils aillent vivre en Afghanistan ou en Sierra Léone, ils y trouveront des taux de croissance à deux chiffres. Ça veut dire quoi d’ailleurs la croissance ? En Libye, qui du temps de Khadafi avait un taux de croissance oscillant entre 2 et 4,5 % il y a eu en 2012 un taux de croissance de … 104,5 %, venant après une chute de croissance en 2011 de … - 62,1 %. Ça sentait bigrement les chantiers de reconstruction sur lesquels, comme des charognards, se précipitaient les entreprises de BTP du monde entier !

La croissance n’est pas un bien en soi, mais la photo d’une situation économique conjoncturelle qui ne préjuge en rien du bonheur des habitants du pays, au contraire. Les pays développés ont naturellement peu de croissance parce qu’ils débordent déjà de biens de consommation... qu’ils n’arrivent d’ailleurs plus à vendre, et c’est la crise !

Comme le remarque sagement le site « statistiques mondiales  » le taux de croissance ne mesure que la croissance du revenu humain et non la valeur du patrimoine de l’humanité. Si cette croissance s’obtient en puisant dans l’actif de l’humanité ( ressources et énergies non renouvelables) celui-ci se dévalorise et le bilan comptable réel devient négatif. Ce pourrait être le cas depuis les années 1970/80. En d’autres termes l’obsession de la croissance enrichit quelques individus mais appauvrit le monde.

Qu’on cesse aussi de harceler les pays avec la dette. Si, la banque centrale européenne (BCE) avait prêté directement à taux bas aux États européens au lieu de consentir des prêts à 1% de plusieurs milliards aux banques privées, milliards que celles-ci ont prêté ensuite à des taux pouvant atteindre 7 %, voire davantage pour des pays comme la Grèce, aucun pays d’Europe ne serait accablé par sa dette.

Par ailleurs si la comptabilité publique était calquée sur les comptabilités d’entreprises- amortissement de la dette sur plusieurs années et prise en compte des actifs dans le bilan- on découvrirait qu’un pays qui s’est endetté pour éduquer les jeunes, investir dans la recherche, garantir une bonne santé aux habitants et entretenir son patrimoine est en fait un pays riche en patrimoine et ressources humaines de qualité, alors que le même pays s’appauvrit quand il emprunte pour pouvoir consentir des réductions de charges à des entreprises qui les utilisent à 65, voire 80 % pour rémunérer leurs actionnaires au lieu de les investir dans la recherche et l’économie réelle.

Le surprenant, le sidérant, le désespérant, c’est que ces analyses sont faites depuis longtemps, de façon très détaillée, dans moult livres, articles et excellents documentaires sur l’argent fou, la faillite des banques, l’évasion fiscale, les liens douteux entre finance et politique et même les projets alternatifs qui marchent. Nul ne pourra dire comme en 45 : « Je ne savais pas ». Mais alors pourquoi si peu de choses bougent-elles alors que cette situation mériterait... n’ayons pas peur des mots, une Révolution ?

Il paraîtrait que ’les gens pensent que ce système va dans le mur, mais ne savent pas quoi mettre d’autre à la place . » La propagande selon laquelle le communisme est une horreur, l’écologie une vaine utopie, les alternatifs des marginaux, les pays d’Amérique Latine des oécéans de misère et de violence, l’Afrique toujours mal partie et jamais arrivée fait que l’idée de changer angoisse ceux qui entendent à longueur de journée ces litanies dépressives. La crise, c’est peut-être cela : préférer un monde fini, usé, qui va dans le mur mais on connaît le mur, plutôt qu’oser explorer des horizons nouveaux.

Heureusement, depuis quelques mois, un réveil semble sonner dans la tête de plus en plus de personnes, persuadées qu’un autre monde est possible si, comme disait le regretté Gébé dans l’An 01 : ’On arrête tout, on réfléchit... et c’est pas triste’.

Françoise Simpère