LA DISPARITION D’UNE OPPOSITION RADICALE AU...

, par pasquinet

LA DISPARITION D’UNE OPPOSITION RADICALE AU SYSTEME SERAIT-ELLE LA PREMIERE CAUSE DE L’EFFONDREMENT DE NOTRE CIVILISATION ?

Alors que des politiciens et des philosophes imaginent avoir atteint la « fin de l’histoire », et trouvé la clef d’une société sereine et équilibrée, il est question de son « effondrement ». Quoi de plus normal ? l’histoire humaine nous a appris que l’effondrement était la norme. Et voilà on y est ! Tous les indicateurs sont au rouge : démographie, nucléaire, climat, biodiversité, plastiques, pesticides, eau potable, humus, etc….tout va à vau-l’eau. Face à cela aucune « gouvernance mondiale » (à part celle du protocole de Montréal qui a réussi à juguler le trou dans la couche d’ozone), mais pas d’oppositions populaires de grande ampleur, non plus.

D’après la théorie, l’effondrement s’est déjà produit de nombreuses fois. Il concerne toutes les civilisations qui nous ont précédé et sont devenues de plus en plus complexes pour finalement s’effondrer, à cause du « coût » croissant de cette complexité et notamment celui de l’énergie.
Plus prosaïquement, l’effondrement signifie qu’un système ne peut plus fonctionner à cause de ses lourdeurs. Or, l’idée développée ici, c’est qu’il existe aussi une cause sociétale à cet effondrement

Si la « civilisation de la fin de l’histoire » ne peut rien faire contre les périls qui s’annoncent, alors l’absence d’une importante opposition radicale à notre système industriel pourrait être analysée non seulement comme une catastrophe, mais même comme la cause de l’effondrement de notre civilisation. Quel est le sens de la disparition de toute opposition radicale à notre époque, et pourquoi c’est un problème ?

1) Un constat : la disparition de toute opposition radicale à un système dominé par la « peur de la panne » :

Qu’est-ce qu’une opposition radicale, sinon un renversement d’un centre ou d’une classe dominante à partir d’une pensée différente, pour imposer une autre pensée et devenir autonome. Or, aujourd’hui il semblerait que les gens ne puissent plus penser. Il ne s’agit même pas de refuser de penser, mais de ne plus le pouvoir à cause de la société cyber-industrielle. Elle impose partout son réseau maillé qui interconnecte tout ce qui existe, elle s’immisce partout entre la réalité et les hommes, engendrant une perte de concentration, une séparation entre virtuel et réalité où l’on ne sait plus ce qu’est la réalité.

« Les irréductibles de Notre-Dame-des-Landes ont lancé une idée : « des ZAD partout ! » Quelle que soit la possibilité concrète de cette idée, il a fallu pour la former des esprits capables de raisonner à partir de leur expérience et de leur connaissance. L’autonomie de pensée est la mère de toutes les autonomies. Il n’est pas dit que les enfants d’aujourd’hui disposent encore longtemps de la base biologique de cette pensée, ni des facultés cognitives nécessaires à celle-ci, ni même des capacités minimales de s’exprimer. Le mode de vie des sociétés cyber-industrielles attaque notre for intérieur.
S’il est une ZAD à établir d’urgence, c’est celle de nos cerveaux. Faute de quoi, nous ne saurons même plus pourquoi il faudrait se défendre. »

La réalité pourtant c’est l’effondrement de notre civilisation. Son originalité provient de son étendue mondiale. De ce fait, elle a supprimé toute possibilité de relais pris par une autre civilisation en cas d’explosion ou d’implosion. Pour la première fois sans doute, on peut mettre un signe égal entre civilisation et société humaine et c’est bien là que réside le problème comme nous le verrons plus loin.
Autres particularités, les impacts des legs de la civilisation industrielle ont des caractères irréversibles (contamination radioactive, disparition de la biodiversité…) et ont créé des problèmes insolubles, ce qui n’était jamais arrivé auparavant (gestion des déchets nucléaires, démantèlement des centrales nucléaires, disparition de la biodiversité, etc…).

Dire que pour la première fois la civilisation est identique à la société humaine revient à reconnaître le caractère « unique » de notre effondrement de part la disparition des « relais » issus de l’intérieur de la société humaine qui auraient permis son remplacement. C’est la raison pour laquelle on peut dire que la disparition de toute opposition radicale serait la première des catastrophes.
Mais si l’on considère l’intérieur de notre civilisation, il est évident pour la plupart de nos concitoyens que l’immense majorité de la population ne veut pas d’une remise en cause du système dominant, que nous qualifions de « capitaliste » ou de société thermo-industrielle, ou encore « techno-scientifique ».
Pourtant, dans l’histoire, on s’aperçoit que toutes les civilisations ont suscité une opposition radicale, qui finalement devait les emporter. Nous pensons par exemple à la civilisation antique et romaine, balayée par les « barbares » venus des marges de l’Empire, ou bien de la culture chrétienne pré-industrielle, renversée par la révolution industrielle et l’ère des Révolutions politiques entamées par les Révolutions anglaise, française et américaine.
Une opposition radicale entraîne l’avènement d’une autre civilisation, avec de nouveaux paradigmes. Une religion monothéiste à la place du polythéisme, la remise en cause de l’esclavagisme au lieu de sa valorisation comme avec la fin de l’Empire romain, la victoire de la démesure et du travail abstrait comme avec l’avènement de la civilisation industrielle.
Car dans ce texte nous considérons que le capitalisme n’est pas un simple mode juridique de propriété, avec un propriétaire qui exploite le travail de prolétaires, mais que c’est d’abord une civilisation. Comme le rappelle très bien Anselm Jappe :
C’est le travail abstrait – ou, pour mieux dire, le côté abstrait de chaque travail –, et lui seulement, qui donne leur « valeur » aux marchandises, et qui forme donc aussi la « substance » du capital. Le capital n’est pas le contraire du travail, mais sa forme accumulée ; le travail vivant et le travail mort ne sont pas deux entités antagonistes, mais deux « états d’agrégation » différents de la même substance de travail. En tant que travailleur, le travailleur n’est nullement hors de la société capitaliste, mais constitue l’un de ses deux pôles. Une « révolution des travailleurs contre le capitalisme » est alors une impossibilité logique ; il ne peut exister qu’une révolution contre l’assujettissement de la société et des individus à la logique de la valorisation et du travail abstrait, une révolution contre la subordination du concret à la reproduction tautologique du même (l’argent).

Le capitalisme est donc cette civilisation où il ne peut plus être question de « lutte des classes », puisque le travailleur n’est qu’un rouage de cette culture. Elle est partagée par tout le monde.
Ce qui nous intrigue beaucoup, car si le prolétariat n’est pas le négatif du capital, alors où se trouve-t’il ?
Il y a bien eu des réflexions sur sa disparition notamment celles d’Herbert Marcuse dans « l’homme unidimensionnel » . Mais d’une part, il pensait qu’au début le prolétariat avait été le négatif du système, et d’autre part que c’est l’essor d’un capitalisme techno-scientifique qui avait engendré un nouveau système de domination et son intégration dans le système. Alors que pour Anselm Jappe et toute l’école de la critique de la valeur, c’est dès le départ, dans l’essence du capitalisme que l’on trouve une intégration du prolétariat. Ce qui se comprend très bien si l’on examine la « révolte des luddites » de 1811 à 1814.
Nous nous trouvons au début de la révolution industrielle en Angleterre, les luddites ne sont pas de simples « briseurs de machines », ils veulent surtout empêcher l’avènement d’un monde où la société n’aurait plus aucun contrôle sur les innovations techniques et sur l’économie, ils ont compris que l’usine allait leur voler leur savoir-faire qui est une définition de la technique. Ils veulent en un mot s’opposer à la domestication du travail par le capital, car c’est bien une domestication qui est en jeu avec la nouvelle organisation du travail nécessitée par la révolution industrielle. In fine, les luddites s’opposent au vol de leur technique compris comme celui de leur savoir-faire, et ils s’attaquent à une nouvelle forme d’organisation qui engendre un monde où la technique devient l’objectif de l’histoire- au lieu d’être une simple machine. Ils ne l’ont sans doute pas encore compris, mais dorénavant tous les problèmes ne pourront être résolus que par une énième innovation technique.
Jusqu’ici les tisserands avaient une relative liberté, ou en tout cas l’impression d’être libres de travailler quand ils voulaient. Il existait le fameux « Saint lundi », autrement dit, en début de semaine si les travailleurs estimaient avoir assez d’argent, ils ne reprenaient pas le travail. Chose totalement rédhibitoire pour le capitalisme industriel naissant, car il ne supporte pas de pannes, ni d’interruptions, c’est une culture de STOCK grâce au charbon et bientôt au gaz et au pétrole —qui est en train de se mettre en place, à la différence des cultures de FLUX qui s’appuyaient sur le vent et le soleil. Pour cela il a besoin de discipline, il faut que les machines soient mobilisées en permanence pour répondre à la demande. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de cette culture industrielle que cette nécessité d’être mobilisé.e en permanence. Avant la machine à vapeur, on utilisait essentiellement le vent et le soleil pour produire, et ma foi lorsqu’il n’y en avait pas, le meunier dormait, comme dans la chanson. Or, avec l’avènement d’une culture s’appuyant sur le charbon et bientôt sur les autres sources d’origine fossile, on va pouvoir supprimer toutes ces interruptions, et commencer à mobiliser en permanence, comme à l’armée. Encore fallait-il détruire la dernière résistance, celle des travailleurs libres, en leur prenant leur savoir-faire et en les domestiquant dans la manufacture.
Après la deuxième guerre mondiale, c’est dans la consommation que cette mobilisation va se réaliser. Avec la publicité et le crédit, il faudra consommer en permanence, avec les NTIC, l’Internet, puis le « Méga-Internet » structuré autour des smartphones, des réseaux sociaux, des bases de données, des compteurs intelligents, de l’interconnexion de tout y compris des objets, nous allons être mobilisé.es en permanence même dans la vie quotidienne ; toute panne, toute interruption du système est exclue, c’est une sorte de « planification communiste de marché » qui se met en place.
Autrement dit la mobilisation pour l’opposition radicale a été remplacée par une mobilisation permanente pour le système et notamment grâce aux moyens de la société cyber-industrielle.
Pourtant l’histoire a toujours évolué par ruptures radicales, des marges vers le centre, ou comme la classe bourgeoise - seule classe révolutionnaire ayant réussi sa révolution - en renversant le monde ancien par une révolution.
Mais aujourd’hui c’est différent .
Aucun groupe social défini par son rôle dans la production de la valeur ne va « en soi » au-delà de la logique capitaliste ; il n’y a pas de groupe social qui est prédestiné à effectuer le dépassement du capitalisme. Aucun sujet révolutionnaire du passé ne peut plus être convoqué, ni le prolétariat classique, ni ses successeurs comme les travailleurs précaires, les peuples du Sud du monde, les femmes, les « subalternes », etc. Tout un chacun participe au système, même si c’est avec des rôles très différents, et en même temps, tout un chacun aurait un intérêt objectif à sa suppression : il suffit de penser à la question écologique.

Enfin, dernière caractéristique d’une opposition radicale c’est qu’elle doit s’imposer sans détruire l’humanité. Or, l’avènement de l’ère nucléaire a engendré une arme unique dans l’histoire de l’humanité, puisqu’outre le fait qu’elle est aussi dangereuse pour ceux qui la détiennent que pour les victimes potentielles (les bombes américaines ont fait plus de victimes aux USA du fait de sa mise au point qu’au Japon, idem pour la bombe française créditée de plus de 150 000 victimes, alors qu’elle n’a jamais été utilisée), en cas d’utilisation, il suffirait d’une partie minimale des 15 600 ogives nucléaires actuellement disponibles pour créer un hiver nucléaire qui détruirait toute vie sur terre. Il devient donc difficile pour une opposition radicale venant de la périphérie de s’imposer sur le centre.

2) Est-ce que la disparition de toute opposition radicale signifie que tout changement ne peut venir que de l’extérieur de la société ?

Ce système est pesant, il dépossède, il isole, il attache l’employé à son outil de travail qu’est devenu le clavier d’ordinateur beaucoup plus que l’ouvrier à son métier à tisser, il devient difficile de ne pas être mobilisé par les nouvelles techniques de l’information et de la consommation. Notre civilisation est une civilisation de « pénurie », on n’a jamais assez d’objets ni de services, il faut toujours désirer, grande différence d’avec les civilisations dites « primitives », par exemple, dominées par l’idée d’abondance et où l’on travaille peu. Mais notre système est « confortable », il est pratique et efficace. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour avoir la lumière et la chaleur. Alors, on va défendre ce système, on va déplorer toute interruption, les grèves, les pannes sont des catastrophes inacceptables, il faut que ça marche, que ça aille de l’avant. Car notre civilisation est d’abord organisée autour du déferlement technique.
Pourtant, on éprouve bien quelques angoisses, on nous parle de pollutions, on voit bien à la TV des images sur les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, le climat serait déréglé et nous serions entrés dans une zone de turbulence.
La situation est toutefois paradoxale, d’après Bertrand Méheust, « jamais l’humanité ne s’est dirigée vers une catastrophe d’une telle ampleur et jamais elle n’a disposé de tant d’informations sur ce qui se trame. »
La disposition d’informations « sur ce qui se trame » qui n’engendre pas d’opposition radicale caractérise « l’effondrement ». Cette caractéristique se rajoute à d’autres éléments plus « psychologiques » expliquant l’inertie du système :

-  la difficulté à comprendre les phénomènes, et l’habitude de ne réagir qu’au danger immédiat
-  la difficulté à identifier nos responsabilités, surtout qu’individuellement on n’y peut pas grand chose.
-  il est difficile de changer un système aujourd’hui, car il est d’essence socio-technique et a réorganisé le monde, comme par exemple dans le cas de l’automobile.
-  au niveau institutionnel, on ne favorise que le court terme
-  les acteurs sont nombreux, les multinationales agissent contre nous.
-  le temps entre la prise de conscience d’un problème et les décisions sont longues, comme par exemple de 25 ans pour la couche d’ozone !

L’effondrement serait donc notre avenir. L’effondrement les yeux grands ouverts, ou plutôt grands fermés. Car nos contemporains s’interdisent d’imaginer une société avec moins de confort, de réfléchir au sens d’une société post-industrielle, d’accepter que tout ce qui existe a eu une naissance, a une vie et aura une mort….
Pour nos contemporains, tous les problèmes posés par la société techno-scientifique ne pourraient être résolus que par plus de techno-sciences, par une énième innovation technique, et c’est ainsi qu’on évoque « l’énergie libre, la conquête de l’espace, la fusion nucléaire, le transhumanisme, etc… » tout plutôt que d’accepter qu’il s’agit d’une réflexion dans le cadre d’un modèle qui s’effondre….
Mais Bertrand Méheust ne se trompe t’il pas avec une analyse trop psychologique et individualiste ? N’oublie t’il pas que ce système s’est organisé pour empêcher toute opposition radicale, en séparant chacun grâce à des techniques comme la Télévision, les NTIC, l’internet, bref même si on a l’information, elle est d’abord faite pour faire de l’audience ou pour distraire… bref, montrer la fin du monde participe de ce monde….

Méheust imagine même un futur à notre monde avec le transhumanisme, où l’on pourrait transgresser les limites… dans un monde où le travail, élément central de notre système, deviendrait de plus en plus rare.

Paradoxalement A. Jappe n’a pas un discours très différent de celui de Méheust, l’avenir transhumaniste en moins, la rage des « superflus » en plus.
(…) Les exploités de jadis s’organisaient pour leurs intérêts, même en restant dans le cadre du système : par contre, la rage des « superflus », le désespoir de ceux dont le système n’a plus besoin, risque de devenir aveugle. Il ne faut pas s’y tromper : il est de plus en plus difficile de détecter des contenus émancipateurs dans les contestations qui courent dans le monde.
La question est maintenant de savoir comment réagir à la ruine générale produite par l’effondrement de la production de valeur. Comment protéger les initiatives et les tentatives qui surgissent un peu partout et qui se proposent de construire des rapports sociaux qui ne seraient plus basés sur la marchandise et le travail ?

3) Comment les idées viennent aux jeunes filles, sur l’origine des idées :

Mais revenons à ce qui se passe dans les têtes. Est-ce la peur des conséquences de l’abolition du système actuel qui expliquerait l’absence d’une opposition radicale ? Est-ce la peur de la panne du système qui expliquerait la domestication ? Autrement dit, il serait devenu quasiment impossible d’imaginer un au-delà à cette société industrielle tellement la rupture serait énorme.

Le souci avec notre analyse, c’est de retomber dans la notion d’avant-garde éclairée et dans l’idée erronée que la conscience (qu’on appelait autrefois « de classe ») ne peut être introduite que de l’extérieur d’un groupe social « élu », alors qu’une conscience de classe vient de la vie des gens. A l’origine on évoquait la place dans le système de production, mais on pourrait aussi évoquer les vicissitudes de la vie : à l’occasion d’un drame, d’une rencontre, les idées viennent aux jeunes filles et aux jeunes hommes. En l’occurence, il ne s’agit plus d’une conscience de classe, mais d’une conscience « catastrophiste », celle que nous sommes en train de vivre un effondrement unique dans notre histoire et qu’il est important de trouver des solutions pour en atténuer les conséquences catastrophiques pour la survie de l’humanité.
Le problème c’est que notre époque a produit une séparation entre individus. Pour qu’une idée radicale réussisse, il faut qu’elle soit reprise par un collectif. Pour qu’un collectif existe, il faut que les individus puissent se réunir. Or, comme déjà expliqué ci-dessus, la technique sépare (TV, automobiles, NTIC). Il est devenu difficile de se rencontrer, la rue est interdite aux piétons, l’individualisme est encouragé, il n’y a plus de sens commun. Il ne reste plus que le trottoir, mais c’est un lieu de passage, un lieu réservé aux prostituées ou bien un endroit où on évite ("Quand je vois quelqu’un qui veut faire mon bonheur, je passe sur le trottoir d’en face." Alexandre Breffort). Le pire c’est que non seulement l’Agora a disparu, mais qu’en plus le vague sentiment que quelque chose de grave est en train de se produire et l’angoisse que cela génère engendrent des comportements d’adhésion, ce qu’on appelait autrefois de la « servitude volontaire ».

Pour Roger Belbeoch , les gens demanderaient même des experts capables de fabriquer des mensonges crédibles, afin de les rassurer tellement le désir de ce monde est développé, comme Laurence Tubiana évoquant la « radiophobie » comme cause de l’opposition au nucléaire, ou bien des politiques post-accidentelles apparues après l’accident nucléaire de Tchernobyl, visant à rassurer et à évacuer le moins de gens possible malgré les dangers de la radioactivité.

Résumons-nous, l’immense majorité de nos contemporains sont « domestiqués » par un système dont le propre est de mobiliser en permanence et de ne pas pouvoir supporter le moindre arrêt, la moindre panne, un système qui de surcroit détruit les facultés cognitives de la pensée. Cette destruction de l’autonomie de la pensée et la hantise de la panne expliqueraient cette domestication, même si la masse d’informations sur l’effondrement qui vient, devrait inquiéter ; elle fait l’objet d’un déni. Seuls quelques groupes critiques de la société de la croissance, des « groupuscules » mettant en avant la décroissance, la critique du productivisme, etc. pourraient provoquer une panne salvatrice pour éviter l’effondrement.
Ces groupes qui ne s’opposent pas vraiment mais vivotent en critiquant ce système « sereinement » devrait on dire, doivent faire face à la disparition d’un « négatif » dans un monde où l’effondrement annoncé commence à montrer son nez.
Il existe certes des oppositions de type nouveau comme la ZAD de Notre Dame des Landes qui vient d’obtenir un grand succès avec l’abandon du projet de construction de l’aéroport, mais dorénavant on ne voit pas comment ils.elles pourront transformer une opposition contre un GPII en une opposition au système en restant dans le local. Enfin, on trouve peu d’exemples d’autres ZAD « menaçantes » pour le pouvoir, et même l’occupation du Bois Lejuc contre le centre d’enfouissement nucléaire de CIGEO à Bure n’est pas une ZAD à proprement parler et elle vient d’être évacuée. Enfin, il s’agit du pouvoir nucléaire si puissant… et dans une zone totalement dépeuplée….
A l’intérieur du système dans des zones à l’origine non-occidentales il existe bien des oppositions à la modernité mais à cause de la bombe atomique, on ne peut pas imaginer un jour qu’elles puissent vaincre le « centre » de la modernité sans générer une guerre nucléaire qui détruirait toute vie sur terre.
Par conséquent, il ne peut y avoir que deux alternatives, soit un jour proche, par contagion, une rupture culturelle salvatrice (dont on ne sait pas très bien quelle forme elle prendra à la différence d’une rupture politique) interviendra dans un pays très industrialisé, soit l’effondrement prendra toutes les formes imaginables et possibles, à commencer par le chaos.
Dans tous les cas, l’impression que notre civilisation est en train de tuer l’avenir s’impose de jour en jour.
L’effondrement, précisons-le, signifie aussi que le changement vient trop tard, c’est à dire après les catastrophes.
Quand on est conscient de cela, on se dit qu’il faut tout faire pour l’éviter, le repousser ou l’atténuer, même en l’absence de « relais », de rapport de force, ce qui est contradictoire.
Cette sensibilité à la destruction du monde est sans doute la dernière lueur d’espoir. Est-ce que l’avenir serait dans l’augmentation de cette sensibilité ? A défaut de « négatif », il n’y aurait plus que l’imaginaire comme force mobilisable, ou plutôt une « décolonisation » de notre imaginaire, sans savoir comment se provoque une décolonisation de son imaginaire.