Notre Dame Des Landes, de A à Zad. "Pour un avenir commun dans le bocage".

, par Pala

Mise à jour le 5 juillet 2018

Mon aventure avec la ZAD de Notre Dame des Landes a commencé avec le 1er rassemblement anti-aéroport organisé par l’ACIPA et Cie et par le 1er camp-climat anti-aéroport. Cette année-là, les deux événements étaient juxtaposés mais séparés par une clôture, presque infranchissable. Je l’ai franchie. C’était en 2009. Cette année-là, les futurs « zadistes » ont décidé de s’installer sur la zad (zone d’aménagement différé de 1650 ha). Très vite, ils ont transformé l’acronyme de la zad en « zone à défendre ». Plus tard, ce sera l’expression « non à l’aéroport et son monde » qui s’imposera comme une formule sacrée, cérémoniale, reprise par tout un chacun, dans la centaine de collectifs de soutien créés dans toute la France et au delà à partir de 2012, en réponse à l’opération César.

Dans les années qui suivent, c’est une floraison d’initiatives de la part des « zadistes ». Ils créeront un site internet zad.nadir.org pour communiquer avec tout le monde. Une radio locale radio klaxon, pirate de la fréquence utilisée par Vinci sur les auroroutes. Et puis des cabanes naitront un peu partout sur la zone, aux noms fleuris ou simplement topographiques. Leur implantation est parfois surprenante, telle cabane dans un arbre, telle autre sur une ile, au milieu d’un marais. In fine, presque dix ans plus tard, c’est près de 100 cabanes qui adornent la zone pour la rendre habitée et vivante. L’une des cabanes s’appelle « les cent noms ». Ces cabanes sont souvent superbes, en bois naturellement, avec un étage ou pas. Elles ne sont pas toutes destinées à l’habitation. La cabane du taslu sera fabriquée à Paris dans un atelier du collectif francilien de soutien à NDDL, né en 2012, au moment de l’opération César. Puis, elle sera démontée, transportée et remontée sur ce terrain attenant à la Rolandière, la maison d’accueil de la zad. D’abord consacrée à l’infirmerie, elle sera finalement dédiée à la bibliothèque.
Aujourd’hui, la Préfecture se plaint qu’il y aurait encore trop d’habitats dispersés sur les parcelles qualifiées de terres agricoles dans les 15 projets admis à obtenir une COP, convention d’occupation précaire, jusque fin décembre 2018. Trop d’habitats ? La préfecture préfère-t-elle les zones rurales désertifiées par 70 ans d’agriculture industrielle et d’agrandissement des exploitations ? Préfère-t-elle les latifundia où les pesticides sont épandus par drone ou par hélicoptère et les parcelles immenses cultivées par un ou deux employés plutôt qu’agriculteurs, comme cela se passe en Beauce ? Avec des villages déserts, sans poste, sans banque même, sans café... Des villages dortoirs sans vie, qu’on traverse au plus vite pour aller juqu’à un autre où l’on pourra trouver une poste et un distributeur d’argent.
La zad est habitée, oui, depuis 2009. Par 200 à 300 personnes. Pour 1650 ha. C’est trop ?
On pourrait le croire quand, en 2012, est lancée l’opération César, avec 1200 gendarmes et des fourgons de police en quantité, pour évacuer ces 200 personnes qui défendent la zone contre la rapacité des aménageurs et des élus voulant une métropole toujours plus grande, plus peuplée et plus riche. Combien d’habitants à Nantes pour combien d’hectares (303 382 h pour 65,2 km2, soit 4 653,8 h au km2, en 2015 selon l’Insee - 1 km2 = 100 ha) ? Combien de nouveaux immeubles d’habitation et de bureaux sur cette ile de Nantes, au cœur de la ville, en pleine urbanisation, nous dit-on. Mais elle était déjà habitée, en partie, avec un habitat ancien, moins dense et quelques friches d’usines ou de fabriques. Comment cela s’appelle-t-il ? Une zac ? C’est ça. Zone d’aménagement concerté.
Alors quoi ?
Il est bon de densifier Nantes et pas la zad de NDDL ? Vérité sur le territoire de la métropole, mensonge au delà ? Pourtant, n’est-ce pas bien naturel de vouloir faire interagir entre eux les différents projets agricoles de la zad et en combinaison avec d’autres projets, plus culturels ? N’est-ce pas une bonne chose qu’il y ait une boulangerie qui fasse le pain pour toute la zone, un brasseur qui confectionne une bière locale savoureuse, artisanale avec l’orge produit localement, une auberge où l’on cuisine pour les visiteurs et pour les salariés en lutte ici ou là autour de la zad, notamment pour les grèvistes, qui sont, par définition, en situation de précarité. Bravo à ces cantines où chacun peut trouver de quoi se nourrir frugalement mais sainement et savoureusement, le plus souvent ? Une bibliothèque comme le Taslu est-elle de trop dans un village de 1650 ha et 300 habitants ?
Pourquoi pas, même, un photographe et un journaliste ? J’irais bien m’installer sur la zad, moi qui cherche à quitter la ville pour la campagne.
Alors, voilà. Cette fois, nous allons parler des projets d’installation sur la zad proposés par les zadistes et dont une quinzaine a été signée récemment. Nous reviendrons sur le parcours complet de la zad dans un prochain article, au n°-3.

Difficile pour des gens qui ne connaissent pas la zad de NDDL, soit parce qu’ils n’ont pu y aller, soit parce qu’ils n’en ont pas eu envie et se sont contenté de lire les articles des journaux les plus couramment vendus et lus, ceux de la presse dominante, qu’elle soit quotidienne nationale ou quotidienne régionale... ? Qui connait vraiment Médiapart ou Reporterre, deux médias intermédiaires qui s’intéressent vraiment à la question et la traitent régulièrement ? Qui connait -moins encore- notre modeste journal, pas même vendu en kiosque, encore peu visible sur internet ?
Difficile pour ces gens de se faire une idée intéressante, curieuse de ce qui s’y passe lorsque la plupart des médias dominants ne s’intéressent eux-mêmes que très peu à comprendre et expliquer, sauf dans les moments de grande bagarre, parce qu’il y a de l’image à faire et du buzz sur les témoignages chocs.
Notre parti (celui d’en rire) est plutôt de parler de la zad à la fois dans les moments difficiles et dans les moments de paix où les questions qui se posent peuvent être formulées et analysées, réfléchies posément, dans une approche curieuse et heuristique, holistique aussi, tant qu’à faire.

Rappelons-nous d’abord. Sans les 200 zadistes et leur soutiens, les terres auraient été accaparées par l’Etat et promises au bétonnage conforméméent au projet de construction d’un aéroport sur cette zone, avec deux pistes, une aérogare, des parkings, des routes d’accès... Et ce, dès 2012. Il y a 6 ans déjà ! Rappelons-nous encore. Sans la grève de la faim de quelques militants anti-aéroport, dont le regretté Michel Tarin, il n’y aurait pas eu cet accord politique avec Hollande, le futur président de la République, sur la préservation des terres et de leur exploitation par les paysans historiques, tant que l’aéroport ne serait pas fait. Ces terres seraient peut-être déjà bétonnées, cad à jamais détruites pour l’agriculture. Tout le monde s’accorde là-dessus, toutes les terres bétonnées ne peuvent revenir à un état antérieur autorisant l’agriculture. Le bétonnage est irréversible, comme tant d’autres actions humaines à l’égard de la nature. Merci donc aux zadistes et à tous les anti-aéroport !

Poursuivons. Le Conseil départemental, ardent défenseur du projet d’aéroport de NDDL, comme d’ailleurs le Conseil Régional et la Ville de Nantes et sa métropole, a vendu les terres agricoles, qu’il avait acquis au long des années dans le but de construire cet aéroport, à l’Etat pour permettre cette construction. Ces terres ont été mises en concession à AGO-Vinci, la filiale de Vinci consacrée à ce projet d’aéroport (« Aéroport Grand Ouest »). Aujourd’hui, le Conseil départemental veut récupérer /racheter ces terres à l’Etat. Pour en faire quoi ? Son projet était la construction d’un aéroport. Quel peut être son projet aujourd’hui pour ces terres destinées il y a peu au bétonnage, c’est à dire jusqu’au 17 janvier 2018, date de la décision gouvernementale de l’abandon du projet d’aéroport ? On peut s’interroger à bon droit sur la légitimité de cette demande.
D’un autre côté, des agriculteurs ayant vendu leurs terres à l’Etat, généralement assez cher, pour la construction de cet aéroport en projet, ayant reçu des compensations à travers d’autres terres à cultiver, hors de la zone d’aménagement différé, ayant pour certains, continué de percevoir des aides de la PAC pour ces terres qu’ils avaient pourtant vendues et n’exploitaient plus, ou même continuant d’être fermiers de ces terres pour le compte d’AGO, en attendant la construction, ces agriculteurs, donc, revendiquent de récupérer leurs terres, gratuitement. Et ils obtiennent d’office des COP pour ces terres dont ils se sont pourtant séparés les destinant à être bétonnées. Quelle légitimité pour ces agriculteurs ayant choisi la vente, le profit immédiat, la promesse de voir leurs terres bétonnées, à récupérer ces terres qui ne sont plus, c’est évident, leurs terres ? Pour certains, c’est pire encore, ils ont quitté leurs terres et leur habitation et veulent les récupérer alors que des zadistes s’en sont occupé, les ont travaillé et ont produit, depuis plusieurs années, pour la collectivité de la zad. Car c’en est une. Cette communauté est une collectivité, un village possiblement autonome. Au moins, c’est une périphérie du village de Notre Dame des Landes, un quartier organisé, agricole et culturel, où ont lieu beaucoup de rencontres. Une zone expérimentale de gestion commune des terres, d’entretien du bocage, de la zone humide, à partir d’une agriculture paysanne, saine et propre, pourvoyeuse d’emplois et d’activités annexes, sur la base de la coopération, de la mutualisation, des échanges non-marchands en interdépendance concertée et discutée démocratiquement, depuis toujours (2009-10).
Ce qui peut créer du dissensus. Des désaccords. Le 10 février, jour de la fête de la victoire (prononcée le 17 janvier par le 1er ministre), j’ai été témoin de ces désaccords. Tandis que brûlait la karamantran symbole du projet d’aéroport, j’étais à une réunion difficile, désagréable, entre différents acteurs de la zad, ceux de l’Est et ceux de l’Ouest, pour résumer un peu vite et commodément. L’opposition ? Portait sur la manière de faire les choses, en les voyant différemment. Ceux favorables à la négociation, maintenant que l’aéroport était abattu en flammes, ceux qui pensaient continuer la lutte, contre l’Etat.
Ce jour-là, cette ambiance délétère m’a jeté un froid, au point que pour la première fois depuis que je fréquente la zad de NDDL, je m’y suis senti mal. Et, véritablement, j’en suis tombé malade, pris d’un froid tenace, dont je ne pouvais me débarrasser, je dus partir le soir même, avec le car de Paris, alors que j’avais prévu de rester quelques jours.
A partir de là, il m’ a semblé que les gens de l’Est n’avaient pas tort et je ne voyais pas trop comment on pouvait vraiment envisager de « négocier » avec l’Etat la pérennisation de cette communauté démocratique et du partage, coopérative et écologique, réellement alternative.
Quelque temps plus tard, après les affrontements directs et hyper-violents avec gendarmerie et CRS, dans la semaine du 9 avril au 15 avril, avec 2500 agents, quantité de fourgons, 4 blindés, hélicoptère et drones,11000 grenades lacrymogènes et autres, plus de 200 blessés (300 finalement), il m’a semblé que nous en étions arrivés à un point de non-retour. D’ailleurs, on perçoit déjà l’évolution en 6 années de latence non-létale, de 1200 à 2500, avec des blindés et une pluie de grenades durant une semaine entière. Autre chose que les « draches » dont les Bretons ont l’habitude. Mais comparons un troisième chiffre, celui de l’opération Barkhane, la lutte de l’armée française au Sahel, contre Daech et ses affidés, 4500 militaires et des moyens vétustes et inadaptés à ceux de Daech. Faisant la remarque à un zadiste, il me répond « Tiens oui, c’est que la zad et les zadistes font moitié moins peur à l’Etat que Daech ». Moitié moins, déjà beaucoup !

Mais quelle est cette peur, d’où vient-elle, à ce point ? Le gouvernement et le chef de l’Etat craignent-ils donc tant cette expérience modeste de vie collective, fondée sur les communs, l’autogestion, la coopération, la mutualisation et des échanges non-marchands ? Par ailleurs, cette vie commune est en accord avec la zone humide, qu’elle respecte et met en valeur, à travers un usage adapté à son milieu. Ont-ils vraiment peur que cette expérimentation écologique démocratique autogérée, socialement et économiquement, réponde trop aux aspirations d’un grand nombre de personnes, aujourd’hui en France et dans le Monde, lassées et tournant le dos au mode de vie si chère au président de la République, celui de la compétition, de la concurrence, de l’argent-roi, de l’inégalité promue comme constitution du contrat social national ?
C’est alors et dans cet état d’esprit que je suis à nouveau venu à NDDL, pour y voir, en temps de paix, en quelque sorte, les deux camps et principalement les négociateurs, afin d’essayer de comprendre les tenants et aboutissants de la chose. Exactement dans la zone de tranquillité, entre les deux offensives, sauf que j’envisageais de rester pour la seconde offensive et que je n’ai pu le faire.
Ces négociations très controversées avec l’Etat ne sont rien moins que l’inversion de la proposition fameuse « la guerre c’est la poursuite de la politique par d’autres moyens ». Il s’agit là de revenir au politique. Que l’Etat tente de noyer le politique dans l’administratif, c’est à dire de répondre à la proposition qui lui est faite d’engager un processus de discussion politique par l’administration des choses, rien d’étonnant. C’est bien le passage du « gouvernement des hommes à l’administration des choses », entrevu positivement au XIXe siècle par Saint-Simon et Comte, critiqué au XXe par l’Ecole de Francfort.
Avant tout, alors que l’assemblée des usages du mouvement anti-aéroport a difficilement constitué une délégation pour intervenir auprès de la Préfecture, celle-ci met en place un comité de pilotage institutionnel rassemblant la Chambre d’Agriculture, la MSA, la FNSEA, les Conseils départemental et régional pour constituer un jury étatique vis à vis de tout projet agricole d’avenir sur la zad. Après un premier refus de la délégation de l’assemblée des usages de participer à ce comité de pilotage, elle est finalement reçue par la Préfète et obtient de n’être en relation directe qu’avec elle.
1ere phase : les zadistes proposent de faire valider par l’Etat une convention d’occupation provisoire (cop) collective, portant les valeurs et les intérêts de la communauté/collectivité de la zad dans son ensemble, intégrant les projets agricoles et les autres projets plus les habitats légers, précaires, comme les cabanes, n’ayant d’autre projet que d’habiter là. On parle même de bail emphytéotique, confié à une société civile du type de celle mise en place au Larzac en 1984, suite à l’abandon du projet d’agrandissement du camp du Larzac en 1981.
Par la préfète, l’Etat répond négativement. Plus encore, le premier ministre fait savoir qu’il n’est pas question d’un second Larzac. Le ministre de la Transition écologique finit par répéter la sentence. Et la préfète avec. Pourquoi ? Cela n’est pas dit. Je finis par apprendre par les zadistes que l’Etat ne veut pas garder ces terres et donc les concéder à qui que ce soit. Une vente à terme est envisagée.
Revenons aux négociations.
2nde phase. L’Etat exige des fiches individuelles et le premier ministre fait savoir que ne seront pris en considération que les projets agricoles. Dans le peu de temps laissé par l’Etat entre la fin des premières hostilités -la semaine sanglante ayant déjà fait plus de 200 blessés- et l’échéance du dépôt des fiches, le 23 avril, les réflexions et les consultations vont bon train autour des zadistes volontaires pour la rédaction de ces fiches. Des soutiens connaisseurs de l’administration des choses offrent volontiers leurs compétences, leur expérience et leur temps pour affiner la réponse à l’injonction gouvernementale. Le 20 avril, une quarantaine de fiches sont déposées.
La Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) reçoit ainsi les porteurs de projets agricoles zadistes le mercredi 9 mai, en préparation du comité de pilotage du 14 mai, fin de la trève avant la 2nde phase d’expulsion et date du prochain comité de pilotage, prévu initialement le 6 juin. Le 15 mai, suite à la confirmation d’accord de COP pour 15 des projets déposés, les hostilités reprennent. Ambiance !
Ces 41 fiches sont nominatives, comme l’exige l’Administration des choses dans des cases identifiées et surtout individuelles. L’individu doit être seul et le rester face à l’Administration. Mais, in fine, les fonctionnaires de la DDTM sont tout étonnés de lire des fiches individuelles entrelacées, interdépendantes les unes des autres, parce que les différents projets agricoles sont interdépendants et interpénétrés entre eux. En somme, ils sont solidaires, au sens strict du terme, comme les salariés le sont au sein de la sécurité sociale, du système d’indemnisation de chômage ou du système des retraites, où chacun.e paie sa cotisation sociale à la fois pour soi et pour les autres, indistinctement.
Ces fiches sont précises et indiquent clairement les parcelles de terrain concernées mais chaque projet concerne en fait plusieurs parcelles, dans la mesure où chaque projet met en œuvre plusieurs activités et territoires pour mener à bien son objectif.
15 projets sont finalement retenus comme projets agricoles et admis à recevoir une cop. Les autres projets se partagent entre ceux qui ne sont pas agricoles (projets culturels ou sociaux) et projets agricoles complexes du fait qu’ils sont menés par des zadistes sur des terres récupérées et cultivées d’agriculteurs les ayant vendu pour bétonnage à l’Etat. 4 sont dans ce cas, sachant que ces agriculteurs ont reçu des cops jusqu’à fin 2018 automatiquement, parce qu’ils sont déjà agriculteurs.
Bonjour le pataquès ! L’Administration, si avide de classement et de règles bien définies, crée parfois des situations intenables. Ne voulant pas régler ces situations réglementairement, l’Administration compte sur un règlement à l’amiable, dont on voit mal comment il pourrait apparaître entre « cumulards » et zadistes pour les mêmes parcelles. La résolution de ces cas de figure est donc reportée à la Saint Glinglin ou, peut-être, le 1er janvier 2019, qui sera la fin de la cop provisoire accordée.
Ces 15 projets agricoles retenus recouvrent entre la moitié et les 2/3 de la partie de la zad appartenant à l’Etat occupée par les zadistes. 170 ha sur 300. Le reste se distribue entre les paysans historiques... Les projets culturels et sociaux seront étudiés à la rentrée, en octobre, à la prochaine réunion du comité de pilotage.
Les 15 cops ont été signées lundi 5 juin 2018.

Même si tout n’est pas réglé sur la zad avec ces 15 cops, cela permet d’envisager un avenir semi-collectif faisant vivre possiblement cette interdépendance entre les zadistes et entre les activités socio-professionnelles sur la zad, à côté et avec celle des paysans historiques dont certains sont les parrains de projets de zadistes.
Cela permet au calme de revenir sur la zad, autorisant tout le monde, paysans historiques et zadistes à pratiquer en paix les travaux des champs de saison indispensables à une bonne culture de ces terres agricoles, en harmonie avec les conditions écologiques du terrain et du territoire.
Cela permet encore de se préparer à une éventualité nouvelle, à terme, celle de la mise en vente des terres par l’Etat. Là aussi, les zadistes réfléchissent, aidés de leurs soutiens, juridiques et administratifs, à divers moyens de se positionner en tant qu’acheteurs potentiels. Un fonds de dotation pourrait être la bonne idée à creuser. C’est le passage de l’assemblée des usages, réunissant toutes les composantes du mouvement anti-aéroport, qui, depuis plus d’un an, a largement fait son usage à l’association « pour un avenir commun dans le bocage », entité juridique nouvelle regroupant toutes ces composantes, y compris celles des soutiens non établis sur la zad, appelée à prendre en charge la poursuite de la défense de la zad, en tant que possible « zone d’autonomie définitive ».

Une mise à jour expresse, double.
D’abord, l’Acipa, l’association historique de lutte contre le projet d’aéroport s’est sabordée, samedi 30 juin, considérant qu’elle n’a plus lieu d’être puisque le projet d’aéroport est abandonné. L’Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes, association luttant contre la création d’un autre aéroport à Nantes (Loire Atlantique), sur les communes de Notre Dame des Landes, Grandchamp des Fontaines, Vigneux de Bretagne et Treillières, était née le 16 novembre 2000, au moment de la résurgence du projet, resté en sommeil durant plus de 30 ans.
C’est un événement majeur, collatéral de l’abandon. Il est curieux que l’association, qui regroupait environ 3500 adhérents, n’ait pas songé à modifier son objet social pour lui permettre de rester active au coeur de la bataille actuelle, consistant à préserver une communauté ayant construit une expérience forte de biens communs en partage et de résilience écologique par une incarnation douce dans le paysage. Ce contre quoi s’est acharné l’Etat en avril et en mai, détruisant une soixantaine de cabanes.
Cette disparition est d’autant plus inquiétante que le Premier ministre a confirmé jeudi 5 juillet la rétrocession de 895 ha de la zad au Conseil départemental, qui les réclame. Et ce à partir de janvier 2019.
En revanche, cette rétrocession ne se fera pas à l’euro symbolique, comme le demande le président du Département. "On s’assurera d’une opération neutre pour le Département", assure le premier ministre.
Le Département avait vendu ces terres de la Zad à l’État, un peu moins de 5 millions d’euros.
Voilà qui relance fortement les interrogations sur un devenir possible des zadistes et de leur projet communautaire. Il est à craindre que le Conseil départemental revende finalement ces terres à la Chambre d’Agriculture, qui pourrait, comme à son habitude, y développer indirectement une pratique agricole dite "conventionnelle", qui veut dire agro-industrielle.
Mauvaise affaire qui confirme bien l’incompréhension totale du gouvernement des enjeux agricoles contemporains, autant que des enjeux de l’effondrement qui vient (malgré les effets de manche du premier ministre autour de Jared Diamond, dont il aurait lu le livre "Effondrement"), puisque les deux sont liés étroitement. Il se trouve que le projet d’éco-société des zadistes pour cette zone humide, mis en oeuvre depuis près d’une dizaine d’années, est justement une expérience de résilience possible à l’effondrement, qu’il conviendrait de suivre avec attention et d’accompagner, même, dans les meilleures conditions.

Contrepoint express.
Une minorité consistante de l’ACIPA décide de créer une nouvelle association destinée à accompagner la démarche des zadistes dans leur installation coopérative et communautaire, autogestionnaire. Un appui conséquent et peut-être salutaire, un apport, en tout cas, à une possible constitution de ce fonds de dotation. De même, si l’appui de la centaine de comités de soutien se confirme, dans ce sens, l’hypothèse d’un nouveau rapport de forces est peut-être envisageable, malgré la pression forte de l’Etat et des institutions serviles en faveur de la "normalisation" des lieux.

Nous y reviendrons plus en détail dans le prochain épisode de notre récit, dans le n°-3 du journal.
Texte et photographies : © Patrick Laroche
dessin : © Fred Sochard

Pour celles et ceux qui ont envie d’en (sa)voir plus, voire de contribuer, deux rendez-vous sont annoncés sur la zad, cet été :
- du 7 au 15 juillet : ZADenVIES : semaine de rencontres à Notre-Dame-des-Landes. > https://zad.nadir.org/spip.php?article5955
- du 27 août au 2 septembre 2018 : semaine intergalactique sur la zad.
> https://zad.nadir.org/spip.php?article5975